DORINE, GERMAIN, DAMIS
GERMAIN
Ne l'iaterrompoiis point.
DORINE
Laisse-moi l'observer , Chut!
GERMAIN, à part.
Il tient le portrait de Mélise elle-même. Il croit que je l'ignore.
DAMIS, contemplant un portrait, et à voix basse. Oui, c'est celle que j'aime.
Voilà ces traits si doux; ce na'if enjouement , Ces regards où l'esprit est joint au sentiment. Heureuse illusion, qui me rends sa présence. L'amour ne t'inventa que pour charmer l'absence. Je ne sais cependant ; ce portrait séducteur. En captivant mes yeux, contente peu mon cœur : Un reproche secret vient troubler mon ivresse. Qu'est-ce qu'un bien qui pèse à la délicatesse? Ce qui m'enchante ici , gage trop imparfait. N'est qu'un larcin, hélas! et dut être un bienfait.
DORINE
[à part.) (haut, à Germain. ) Il soupire! .. Sur quoi proméne-t-il sa vue?
GERMAIN
C'est que de ses bijoux il a lait la revue;
a63 LA FEINTE PAR AiMOUR.
C'est un portrait qu'il a tiré de son écrin. De ces misères-là nous tenions magasin.
Un portrait !
D A M is.
Que dis-tu?
G ER M A J N , s'approclwnt ù la /gauche de Damis. Je dis que quelque belle Vous a sans doute fait cette faveur nouvelle.
D AMIS, à part.
Le drôle n'en croit rien.
D o R I N E , s'approchant à la droite de Damis. Monsieur!...
DAMIS, surpris.
Qu'est-ce?
DOR INE
Un billet.
DAMIS, avec joie.
DeMélise?
DORI N E
Prenez, et lisez, s'il vous plaît.
DAMIS, à part.
Voyons : d'un vaiu espoir je me flatte peut-être...
[après avoir parcouru le billet.) Me trompé-je? comment !... Ne laissons rien paroître.
(// relit le billet à voix basse. ) " Vos assiduités, j'aurois dû le prévoir, « Fixent sur moi les yeux d'un monde susceptible. " Échappons aux propos en cessant de nous voir. « Quel que soit cet effort, j'ai cru me le devoir.