ACTE 1, SCÈNE V
Et je >ois tout ce inonde... Ah! qu'il m'iutimidoit ! Je ne savois d'abord pourquoi l'on regardoit; Je regardois aussi: je me suis aperçue Que c'ëtoit moi ; jugez comme j'étois émue. Et même j'ai pensé qu'ils se... moquoient de moi. Que mon air, ma parure, ou bien je ne sais quoi, Étoient peut-être mal : je l'ai dit à ma tante ; Elle s'est mise à rire. Enfin toute tremblante , Pour me débarrasser de ces gens curieux. Je me détourne : bon! par-tout, par-tout des yeux; Et des miens, à la fiu, je ne savois que faire.
MELC0DR,à madame de Nozan.
Vous étiez moins timide?
Mme DE NOZA.\.
Intrépide, beau-père.
MELCOUR.
D'honneur! Vous faisiez face à tout ce monde-là?
Mine DE NOZ AX.
J'étuis au ciel.
jvinie DE MELCOUH, à part.
La folle!
Mine DE .N O Z A N , e»l riant.
Et pourtant, tout cela N'étoit pas pour mon compte; et vous devez comprendre Que même un seul instant je n'ai pu m'y méprendre.
MHie DE MELCOUR, à part.
Je le crois.
Mme DE NOZAN.
Mais c'étoient des regards, des souris, t)cs..
Et ma fille est donc la fable de Paris?
Mme DE NOZAN.
La fable! En vérité vous êtes fort à plaindre.
{Elle se place entre M. et madame de Melcour, les prend par la main et leur parle bas , en imitant les voix de plusieurs personnes qui interrogent et c/ui répondent.)
Ondisoit: « Elle est bien. — Mais elle est faite à peindre,
« Quelle taille! — Et ces yeux! — Elle sort du couvent;
« Nous ne l'avions pas vue. — On ne voit pas souvent
« De ces figures-là. — Quel air doux et modeste !
« Sa rougeur l'embellit. — Elle sera céleste.
« — Elle l'est. — Ce doit être un bon parti. — Très bon.
>• — Seize ans? — Au plus. » Et puis on demandoit son nom,
Etquelqu'un vous nommoit. — «Cette dame? — Est sa tante,
« Qui lui laissera bien dix mille écus de rente. "
Baise-moi, mou enfant, tu les auras.
( Elle la baise sur Irs deux joues.) Mine DE MELCOUR, à Julie.
Rentrez,
Et ne sortez jamais sans mon ordre,
{Julie l'entre.)