ACTE II, SCE-NE X. io
M EL COUR, vivement.
C'est faire leur bouheur. Terville en est charme; Tersille l'aime trop pour u'eu pas être aimé.
Mme DE MELCOUR, vivement.
J'entends, c'est pour cela que je la lui refuse. Ces belles passions dcmt l'éloquence amuse Feront bien réussir des contes, des romans ; Des mariajjes, non. Je crains les engouements. Faut-il s'idolâtrer avant de se connoitre?
Mais doit-on, pour s'unir, ne pas s'aimer?
MDle DE MELCOCR.
Peut-être.
Ces nœuds seroient plus sûrs, le regret moins cruel. Quand deux jeunes époux paroissent à l'autel. Par pitié pour cet âge on devroit , ce me semble , Leur demander d'abord si l'amour les rassemble, .■^i par enthousiasme ils viennent se lier...
MELCOUR, l'interrompant dun air froid.
Et répondent-ils. Oui: vite les renvoyer.
Mme DE MELCOUR.
Sans doute... Est-ce l'amourqu'il faut prendre pour guide?
[avec chaleur. ) Lue telle union veut un esprit solide.
L'avenir, lavenir : voilà ce qu'il faut voir. Des biens à conserver, des enfants à pourvoir, la état à remplir, un nom à rendre illustre. Dis postes importants et qui donnent du lustre. Lutin unir les noms, les fortunes, les rangs. C'est ce dont il s'agit, et de tendres amants
io5 LA MÈRE JALOUSE.
S'inquiètent fort peu de tout cela, je pense.
(Elle se détourne pour sortir ; aux premiers mots de M. de Melcour elle s'arrête, et paroit l'écouter avec impatience. )
MELCOUR.
Très bien ! à deux époux prêcher l'indifférence.
Moins d'intérêt, madame, et plus de sentiment.
Croyez-moi; le bonheur que l'un goûte en s'aimant
Nuit aux frivolités et non pas aux affaires.
Eh! pourquoi a'est-il plus d'enfants, d'époux, de pères?
Pourquoi même ces noms sont-ils presque ignorés?
C'est qu'un vil intérêt nous a dénaturés ;
c'est que, grâce à l'orgueil, l'hymen même est avare;
C'est qu'on unit les biens; les cœurs, on les sépare.
Mil"-" DE MELCOUR.
Moi, pour mieux les unir, je leur défends d'aimer.
Et puis votre Terville a trop su m'alarmer;
Sa fièvre m'épouvante, il faut que j'en convienne.
Une... petite tête a pu tourner la sienne !
Si comme moi, monsieur, vous l'aviez entendu:
Tenez, il étoit là, gémissant, éperdu.
En mots entrecoupés exprimant son délire,
(n demi-voix.) Criant, n'écoutant rieu. Puisqu'il faut vous le dire, Cela faisoit pitié.
MELCOUR.
Madame , c'est ainsi Que je viens de le voir, et j'en étois ravi.
M">C DE MELCOUR.
Havi;