‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Barthe, Goldoni, et DoratChapitre 69 sur 214 · ACTE II, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE X

MELCOUR.

Qu'a cet amour enfin de si funeste?

Mille DEM ELCOU R.

Monsieur, l'amour finit, le caractère reste.

Et de ces cœurs brûlants il faut se défier.

Lui-même il aideroit à me justifier.

Il ne tarderoit pas. Rien n'est long-temps extrême.

C'est ma fille aujourd'hui qu'il croit aimer, qu'il aime.

Qu'il l'épouse, et demain sa sensibilité

Aux pieds d'un autre objet l'aura précipité;

D'un autre objet peut-être ou plus ou moins aimable.

M ELCOII R.

Oh! je sens tout le prix d'un être raisonnable, Calme, tranqidlle, froid. Je l'avouerai pourtant, D'un cœur sensible et chaud le mien est plus content; Ces cœurs-là sont les bons, et d'abord ils préviennent: Ils peuvent s'égarer , mais bientôt ils reviennent; Jusque dans leurs écarts, estimés, généreux; Et. le peu de bonheur que l'on a , nous vient d'eux. Oui, Terville inconstant aurt)it encor pour elle I.es soins d'un cœur honnête et d'un ami fidèle. Bref, ce monsieur Jersac est ici peu connu; H arrive... d'hier! à peine l'ai-je vu. Une charge , du bien; quels titres pour nous plaire ! Terville est estimé, madame; il vous révère; Votre sœur est pour lui , je l'aime et je le dois : Vous me l'avez loué vous-même mille fois.

Mine DE MELCOUR.

Et je veux bien encor, monsieur, le louer raille, Pourvu qu'il ne soit point...

io8 LA MERE JALOUSE.

Votre gendre..

Mme DE MELCOUR.

Terville...

Ne le sera jamais; enfin, vous dis-je...

MELCOUR. '

Enfin , Vous voilà résolue?

Mme DE MELCOUR.

Oui, tel est mon dessein...

Que rien ne peut chanjjer, ni ma soeur, ni vous-même. {Elle veut sortir.) MELCOUR l'arrête, et après un silence:

Julie est votre fille, il est vrai: mais je l'aime, Mais de ses premiers ans mes yeux furent témoins; Elle est la mienne aussi: tendresses, maîtres, soins... Tout ce que pour mon fils on me voit iaire encore. Pour elle je l'ai tait, personne ne l'ignore. Et, (juand pour votre hymen j'osai me présenter, Quelle frayeur alors devoit vous arrêter? Celle de voir un jour dans la même famille Les fils ifun second lit opprimer votre fille. De me voir négliger votre enfant pour les miens. J'ai défendu ses droits, j'ai même accru ses biens; Vous m'avez vu sou père, et non pas sou beau-père : Je saurai l'être encor.

Mme DE MELCOUR.

Ne suis-je point sa mère?

Et, si je peux souscrire à cet éloignement. Si mon cœur se résout. . .

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