ACTE II, SCENE X
MELCOCR.
Madame, franclienieiit Dans un cœur maternel ce courage me blesse.
Mme DE MELCOUR.
De ma fille, en un mot, monsieur, je suis maîtresse, Et maîtresse absolue.
{Elle veut, soi-tir. ) M EL COUR i arrête encore.
Oui, mais pour son bonheur, Et le mien en dépend; je dis ['lus, mou honneur. Que diroit-on par-tout? que c'est la mon ouvrage ; Qu'une ame intéressée a fait ce mariage. Dans un monde frondeur, et ne pardonnant rien. Qui voit tout, rit de tout, blâme... même le bien. Les uns m'accuseroieut d'une couj)able adresse; D'autres, plus indulgents, d'une lâche foiblesse.
M""^ OE MEi.COUR.
Le monde est ridicule, inju.ste, faux, jaloux....
M ELCOL'R.
Voici présentement ce qu'il diroit de vous...
Mme DE MELCOUR.
Je sais le mépriser, et m'en tiens a bien faire.
Que Julie... a sans doute une excellente mère. Mais qu'elle vous plaît moins, oui, moins depuis un temps; Que peut-être elle a tort d'avoir déjà seize ans; Que de jeux, de plaisirs , de fêtes entourée , Vous ne haïssez pas de vous voir .idoréc... Eh ! que sais-je? Madame , ils seroient assf-z fou< Pour aller vous prêter des sentiments jaloux.
1 lo LA MERE JALOUSE.
«nie pE MEI.COIJ R.
Quoi ! monsieur...
M ELCOUR.
Au couvent vous l'auriez retenue Deux ans de trop. Ici personne ne l'a vuej Vous avez tout-à-coup suspendu vos concerts; Vos soupers, si brillants, sont aujourd'hui déserts; Ces migraines d'ailleurs, ces nerfs, ces bouderies, La scène du taldeau , celle des Tuileries , Et Terville éconduit, et Jersac préféré : Faut-il vous parler net, enfin? Je les croirai, .Si je ne suis ici détrompé par vous-même.
Mine DE MELCOUR, prête à sortir.
S'il faut vous détromper en changeant de système , S'il faut, pour des caquets, rompre un engagement, A monsieur de Jersac faire un sot compliment , Le chasser, accepter un étourdi pour gendre , De vos soupçons, monsieur, rien ne jieut me défendre, Et j'ose m'y livrer.
{Madame (le Nozan reparaît et s'arrête dans le fond.)
Au surplus, je vous voi, Vous, madame, Vilmoii , tous ligués contre moi; Mais ma fille peut-être obéit à sa mère ; Je dispose des biens que m'a laissés .'son père; J'ai mon avis aussi; j'ai des droits, un pouvoir,
[d'un ton plus doux. ) Et je m'en vais songer à les faire valoir.