LISETTE, FRONTIN
LISETTE, arrêtant Frontiii.
Mais, un moment, Frontin, un moment.
FRONTl^.
Eh bien! quoi?
LISETTE
Tu fuis toujours.
FRONTIN
Et toi sans cesse tu déclames.
Çà, voyons; dépêchons : j'ai hâte.
LISETTE
Oh ! je le croi.
Quand je te parle , je te voi Toujours pressé.
i54 LE JALOUX SANS AMOUR.
FRONTIN
c'est que vous autres femmes, Vous ne l'êtes jamais sitôt qu'il faut parler.
LISETTE
Allons, allons, deux mots; puis tu vas t'en aller. Quoi! Froutin, à ce point tu peux me méconnoître? Quoi! tu ne me parleras pas, A moi ta femme, et tu me quitteras
Sans me rien dire de ton maître?
Quoi ! j'aurai beau prier soir et matin , Tu ne me conteras jamais de bonne grâce
Ce qui se passe ici, mon cher Frontin, Ce qu'on dit, ce qu'on fait, ce que tu sais enfin?
FRONTIN
Que viens-tu me chanter? Est-ce que rien se passe? Est-ce qu'il se fait rien? Est-ce que l'on dit rien? Est-ce que je sais rien?
LISETTE
Ah ! barbare ! ta femme N'a donc plus de droits sur ton ame?
Quand je t'ouvre mon cœur, tu me fermes le tien ! Ton maître t'a sonné ce matin pour écrire; Tu tiens même en ce moment-ci Une réponse; et tu viendras me dire Qu'il ne se passe rien ici !
Inhumain ! comme tu me traites !
N'est-il pas de règle , en tout temps , Que les valets disent tout aux soubrettes?
FRON TI N.
Oui, les valets encore amants;