ACTE IV, SCÈNE IV. ikS
Mais moi je suis époux. Écoute :
Il fut uu temps où l'amour m'eût sans cloute Fait babiller; car tu u'ignores pas Qu'au temps passé, comme au siècle où nous sommes, li'amour a fait faire ici-bas Des sottises aux plus grands hommes.
J'en aurois fait aussi pour toi :
Je voyois au babil ma langue disposée; J'ai senti le danger, je t'ai vite épousée.
Depuis ce jour je suis maître de moi. Et je ne causerai jamais.
LISETTE, pleurant.
Ohljelecroi.
FRONTIiN.
De combien de défauts guérit le mariage ! J'étois bavard , je suis silencieux.
LISETTE, de même.
Je le vois bien.
FP.ONTIN.
J'étois jaloux ; ah ! grâce aux cieux , Je suis guéri de cette rage.
L I s c T T E , (Ye même.
Oh ! je n'en doute point.
FRO.NTIN.
Je ne pou vois dormir; Oh ! maintenant, je ne fais plus qu'un somme. LISETTE, pleurant plus fort.
Je le sais bien.
FRONTIN
Il faut en convenir.
i56 LE JALOUX SANS AMOUR.
Le mariage aussi corrige bien un homme !
LISETTE
Ingrat, je t'aimois mieux avec tous tes défauts. Ta conscience, enfin, peut-elle être en repos? Quand de te dire tout j'eus toujours la foiblesse Tu le sais... Viens, ingrat, m'interroger ici Sur les défauts de ma maîtresse.
FROXTIN.
Je ne suis pas curieux, Dieu merci ; ■ Et c'est encor grâces au mariage.
LISETTE
Tu me pousses à bout par d'éternels refus. Mais, lâche, tu ne sais doue plus Dans quels périls ta cruauté t'engage ?
FUONTIN.
Ma chère enfant, je tiens du mariage encor Une vertu de grande conséquence , Nécessaire, et qui vaut de l'or Pour les maris : la patience.
LI SETTE
Hom, le dénaturé ! Mais quoi !
Tu ne m'aimes donc plus, d'après ce que je voi?
FRONTIN
Adieu, mou cwur.