‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Blin de Sainmore, Imbert, et ForgeotChapitre 11 sur 200 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ARCÈS, ORPHAM.S, ISSA, soldats.

ARCÈS.

Nous triomphons, madame, et la Crète est vaincue.

ORPHANIS.

Est-ce VOUS, cher Arcès? en croirai-je mes yeux? Par quel événement vous revois-je en ces lieux?

ARCÈS.

O ma chère Orphanis, livrons-nous à la joie ; Partagez les transports où mon ame est en proie .le puis vous posséder : nous allons être unis : Le ciel nous favorise, et nos maux^ont finis.

ORPHANIS.

Que j'ai craint pour vos jours! Aveuglé d'un faux ze!e, Azor ne m'a donc fait qu'un récit infidèle?

Madame, il est bien vrai que nos soldats troublés Fuyoient ou périssoient, j)ar le nombre accablés. Hélas ! c'en étoit fait : affrontant la tempête , ■•soudain je les rassemble et je vole à leur tète.

(;'est ici, mes amis, qu'il faut vaincre ou pcrii Sur mes pas aussitôt je vois charun courir ;

ACTK 1, SCEiNK IV. 19

chacun ne coinioît plus qu'un aveugle courage; A travers mille morts chacun s'ouvre un passage. Les Cretois, par les coups qu'ils n'avoient point prévus, Sont dans le même instant attaqués et vaincus. L'un meurt en combattant, et l'autre prend la fuite. Ceux-ci de nos guerriers évitant la po,ursuite, Vont se précipiter dans l'abyme des mers. Le reste lâchement s'abandonne à nos fers. Enfin les miens suivant la fureur qui les guide . Vers les murs de Phœnix volent d'un pas rapide. Bientôt je les devance. Au pied de ses remparts , Phœnix voit en tremblant flotter nos étendards. Je saisis ce moment; j'ordonne à mes cohortes D'assiéger cette ville et d'enfoncer ses portes. On les ouvre... Indigné, je voulois les briser. Animé d'un beau feu qu'il fallut maîtriser, Je cède avec regret la palme qu'on m'enlève : Mais un héraut s'avance et demande une trêve; J'y consens. Aussitôt nous suspendons nos coups ; Le soldat valeureux en frémit de courroux. J'apaise ce murmure , et ma main désarmée Aux soins du sage Arbate abandonne l'armée. Je pars, et le destin me ramène à vos yeux.

ORPHANIS.

Je l'avois bien prévu ce succès glorieux. L'Egypte l'espéroit d'un aussi grand courage. Ah! cher prince, la paix sera donc \otre ouvrage; El moi qui vous dois tout...

AUCÈS.

(h[>hanis, \antez moin^

20 OllPHANIS.

Un si ioible avantage et de si foibles soins.

Je combattois pour vous , et vous devez bien croire

Que, quand l'amour inspire, on combat avec gloire,

Ce triomphe, il est vrai, doit enÛer ma valeur;

Mais j'en attends un prix bien plus cher à mon cœur.

Vous le savez , madame , et si le ciel seconde

L'espérance flatteuse où mon bonheur se fonde ,

Il ne tardera pas à serrer un lien,

Qui doit joindre à jamais votre sort et le mien.

Je ne sais si pour nous la guerre est terminée,

Mais un ambassadeur du sage Idoménée,

Chargé d'ordres secrets que je ne prévois pas,

A Thébes doit bientôt arriver sur mes pas.

Dans votre appartement , madame, allez vous rendre;

Et moi, pour notre amour prêta tout entreprendre.

Je vais à Sésostris raconter le succès

Dont le dieu de la guori-e honora mes essai-s;

Et, pour prix de mes soins, le presser de souscrire

A ces nœuds fortunés où ma tendresse aspire.

Heureux, cent fois heureux, si j'ai pu dans un jour

Servir en même temps mon prince et mon amour !

FIN DU P REMI El

Page 1