ACTE V, SCENE XVIII
(à la comtesse.) Je dois être pour vous un objet de colère; Mais le remords vous venge et punit mon forfait. Quel cœur j'osai trahir! ciel! et pour quel objet! Pour chasser de mou ame un odieux caprice, D'Elcour démasque un cœur faux sous d'heureux dehors; Le vôtre généreux, tendre, sans artifice,
A bien fait plus que ses efforts; Ainsi lorsque, honteux d'une double injustice. Je me vois en ce jour à vos charmes rendu. Mon cœar est moins changé par la haine du vice ,
Que par l'amour de la vertu.
Si de me pardonner vous vous sentez capable...
LA COMTESSE
Moi, mon ami, vous pardonner! Hélas!
Quand vous vous accusez, je ne me souviens pas
Que vous ayez été coupable.
LE COMTE
O cœur trop généreux! vous daignez oublier
Une trop coupable foiblesse!
Je dois m'en souvenir long-temps pour l'expier.
LE MARQUIS
Fort bien. Mais sur cette promesse Qui donc me répondra, d'Orson,
Que je puis...
LA COMTESSE, avec un Sourire touchant.
Moi : je suis sa caution.
LE MARQUIS
( // l'embrasse. ) Allons , je la reçois , ma nièce.
( ((!( comte. ) Je te fais gouverneur enfin. J'ai près d'ici,
En te quittant, reçu ce paquet-ci, Qui m'annonce pour toi ce que je viens t'apprendre. De mon titre , d'Orson , je viens te revêtir; Et j'ai bien plus de joie encore à te le rendre , Que je n'en eus à l'obtenir.
LÉ COMTE
Quoi! chaque jour votre main bienfaisante?... LE MARQUIS, montrant mademoiselle d'Orson. Et j'ajoute à sa dot dix mille écus de rente. ' Aimez-vous , et vivez heureux.
LA COMTESSE
Je reconnois bien là le marquis de Rinville.
LE MARQUIS
Non; c'est bien moins que je ne veux:
Mais peut-être qu'un jour je pourrai faire mieux, Car je suis bien honteux d'être un oncle inutile.