SCÈNE XVI. a8i
DAMIS
Pour triompher de moi, j'ai tenté l'impossible : Je suis toujours jaloux , et vous les haïssez; A mes moindres penchants les vôtres sont contraires Notre conduite enfin , tout nous démontre assez Qu'il est peu de rapports entre nos caractères.
LA COMTESSE
Moi j'en trouve beaucoup.
Peut-être sans raison; Car, en examinant, vous verrez... Mais, pardon, J'oubliois que demain vous épousez Florville, Et qu'un plus long détail deviendroit inutile.
LA COMTESSE
Voyons toujours.
DAMIS
Demain u'est-il pas l'heureux jour Choisi pour couronner vos vœux et sou amour'
LA COMTESSE
Mais rien n'est décidé. Que disions-nous?
DAMIS
iMadame , Nous parlions des rapports qui sont entre nous deux.
LA COMTESSE
Ah ! oui.
DAMIS
Je croyois voir qu'ils n'étoient pas nombreux. D'abord s'il faut ici vous dévoiler mon ame, Je ne puis vous cacher que je suis exigeant.
LA COMTESSE
Peut-être un peu.
DAMIS
Beaucoup : je voudrois que ma femme Vît mes torts saus colère et d'un œil indulgent; Qu'elle me pardonnât un peu de jalousie.
LA COMTESSE
Vous pouriez y compter... Je connois Emilie.
DAMIS
Je voudrois du reproche éviter le danger; Pour ne rien craindre enfin, la lui voir partager.
LA COMTESSE
Vraiment ?
DAMIS
Je sens très bien que c'est un ridicule.
LA COMTESSE
Mais non; pour bien aimer, je le dis sans scrupule. Il faut avoir senti quelque dépit jaloux; L'amour en est plus vif.
DAMIS
Je le crois , moi ; mais vous , Vous ne le pensez pas.
LA COMTESSE
Et pourquoi moins qu'un autre?
Je le répète eiicor, mon système est le vôtre.
Vous riez.
LA COMTESSE
Je dis vrai.