ACTE IV, SCENE IV
Nous n'avons pu nous dire uu éternel adieu. Aisément, pour jamais, cjuitte-t-on ce qu'on aime? Ah ! loin de vous tromper, je me trom|)ois moi-même.
SÉSOSTRIS
Quoi qu'il en soit, partez et ne m'opposez rien : L'cdîsence pour vous vaincre est le plus sûr moyen.
ORPHANIS.
Convenez-en, seigneur, quelque effort que je fasse, A vos yeux prévenus rien ne peut trouver grâce. Votre injuste rigueur, me soupçonnant toujours. Même avant de m'entendra, avoit proscrit mes jours. Vous m'avez, il est vrai, souvent servi de père; Mais s'il faut avec vous m'expliquer sans mystère. Seigneur, j'avois un père , un époux et deux fils ; Si je les ai perdus, qui me les a ravis? Vous le savez trop bien; hélas, ce sont vos armes Qui dans Tyr embrasée ont fait couler mes larmes. J'ai cru que, sans orgueil, je pouvois espérer Que qui fit mes malheurs voudroit les réparer; Qu'enfin c'étoit à vous, auteur de ma misère, De rendre à mes regrets mon époux et mon père.
SÉSOSTRIS
Que prétendez-vous donc? Vous, régner en ces lieux! Vous, épouser le prince ! Ah! connoissez-vous mieux. Songez quel est Arcès , et songez qui vous êtes.
ORPHANIS.
Veuve d'un étranger fameux par cent conquêtes , Certes, je n'ai pas cm qu'un fils de souverain. Qu'un roi même rougît de ine doinier la main, Ni qu'un jour avec moi partageant la couronne
31 ORPHANIS.
Arcès pût avilir la majesté du trône.
SÉSOSTRIS
Je n'eu saurois douter, on m'a trop bien instruit, Et votre seul orgueil confirme assez ce bruit. Injjrate! c'est donc vous de qui le front timide. Sous des traits imposants, cache un cœur si perfide! Vous qui ne respirez que par mes seuls bienfaits , C'est vous qui dans ces lieux osez troubler la paix; C'est vous qui, nourrissant un amour qui m'outrage, Osez à la révolte enhardir le courage ; Qui , par de faux dehors éblouissant mes yeux , N'affectez la vertu que pour me tromper mieux ! Mais je vous punirai d'un si lâche artifice. L'exil que j'ai prescrit n'est qu'un foible supplice; Un plus grand châtiment est réservé pour vous , Et vous allez sur l'heure éprouver mon courroux. Enfin de mes bontés pour vous voici le terme. Gardes, que dans la tour à l'instant on l'enferme.
( Issa sort par le côté oh doit entrer Arcès. )
ORPHANIS.
[à part.) [à Sésostris. )
Je triomphe... Un soupçon fait tous mes attentats; Mais avant que le jour renaisse en ces états. Vous pourrez me coniioître et me rendre justice.
SÉSOSTRIS
( aux tjardes. ) Ce que j ordonne est juste. Allez, qu'on m'obéisse. [On emmène Orphnnis.)