SCÈNE Vf
ARCÈS, SÉSOSTillS.
SÉSOSTR IS.
Ah! prince, où courez-vous?
Et qui peut dans vos yeux allumer ce courroux?
ARCÈS.
Quoi! seigneur, Urphanis vient de m'étre ravie !
Votre fureur n'a plus qu'à m'arracher la vie.
Que lui reprochez- vous? Eh ! qui peut en un jour
La noircir à vos yeux, et changer votre amour?
Vous l'admiriez vous-même : eh quoi ! n'est-ce pas elle
Oue vous m'avez tantôt offerte pour modèle?
Ou a- t-elle l'ait depuis pour mériter des fers?
54 OUI'HANIS.
SÉSOSTRIS
Mes yeux étoient fermés , mes yeux se sont ouverts : Plût aux dieux que les tiens pussent s'ouvrir de même! Ai-je pu sans courroux voir sou audace extrême? La perfide déjà , prompte à se démentir, Après l'avoir promis, refuse de partir.
ARCÈS.
De grâce, à sa vertu rendez plus de justice. De mes égarements elle n'est point complice; Et si tantôt, seigneur, j'eusse exaucé ses vœux. L'absence, sans retour, nous séparoit tous deux ; Sa fuite pour jamais m'eût privé de ses charmes. C'est moi dont la douleur, la prière et les larmes Ont arrêté ses pas; et si la retenir Est un crime à vos yeux, c'est moi qu'il faut punir.
SESOSTKIS.
Mais toi qui la défends, crois-tu la bien connoîtrc? Mes yeux moins prévenus, ou trop justes peut-être, Ont, à travers sou voile et sa fausse candeur, De ses desseins secrets percé la profondeur. J'ai vu que , par l'amour cherchant à te séduire , Elle n'en veut qu'au trône où tu peux la conduire.
ARCÈS.
Orphanis trahiroit un cœur tel que le mien !...
Mais ce n'est pas à nioi de soupçonner le sien...
Hélas! ayez pitié des tourments que j'endure.
Pouvez-vous il la gloire immoler la nature?
Vous savez si jamais j'ai trahi mon devoir.
;iNe m'abandonnez pas à tout mon désespoir.
En vous aimant tous deux je trouve tant de charmes!