ACTE IV, SCENE VI. 5;i
Mou père, serez-vous insensible à mes larmes? Vous vous attendrissez... je tombe à vos genoux. Kendez-moi ce que j'aime.
Ah! prince, levez-vous.
Ingrat, tu sais pour toi combien mon cœur est tendre; Mais par tes jileurs enfin ne crois plus me surprendre : Le bonheur de mon peuple est préférable au tien. Le sort en est jeté, je n'écoute plus rien. Je tiens entre mes mains l'objet de ta tendresse. Je puis tout : cependant, si son sort t'intéresse, Si eu lui veux enfin rendre la liberté, Épouse la princesse, et consens au traite.
AncÈs.
Je vous l'ai déjà dit, et dois vous le redire , Jamais à cet hymen ma main ne peut souscrire. Qui, moi ? vaincre mes feux ! En dussè-je expirer, Jamais!...
SÉSOSTKIS.
De votre part j'avois lieu d espérer Un peu plus de respect et plus d'obéis.sance.
ARCÈS.
Et j'attendois de vous plus de reconnoissance. Oui, seigneur, quelque loi qu'on daigne m'imposer. Ce cœur est tout mon bien , et j'en veux disposer. En un mot, rendez-moi la beauté qui m'est chère : Rendez-la-moi, seigneur, ou...
SÉSOSTRIS
l'remiilf , toméraire !
1 es ['leurs et ton courroux sont pour moi superflus.
56 ORPHANIS.
Je te lejure enfin , tu ne la verras plus.
ARCÈS.
Je ne la verrai plus! De quel droit, à quel titre, De ses jours et des miens vous rendesS-vous l'arbitre? Dès l'instant que mon bras dompta vos ennemis, Au pouvoir de la loi n'ètes-vous pas soumis? On ne m'abuse point par un espoir frivole; Vous m'avez tout promis, et vous tiendrez parole.
SÉSOSTRIS
Qu'entends-je ! un imprudent brave ainsi mon pouvoir! Vaute moins ta valeur, et suis mieux ton devoir. Ou'as-tu donc fait , enfin , que l'acquitter du zèle D'un fds reconnoissant et d'un sujet fidèle?
La loi m'accorde un prix , et je veux l'exiger.
SÉSOSTRIS
Celui qui fait les lois a droit de les changer.
ARCÈS.
Mais en changeant la loi changerez-vous mon ame? Détruirez-vous ce feu qui m'entraîne et m'enflamme ? Si, n'ayant pu le vaincre, on s'y veut opposer. Craignez tout d'un amant qu'on force à tout oser. Hélas ! vous m'étiez cher; mais votre injuste haine Va briser entre nous le seul nœud qui m'enchaine.
SÉSOSTRIS
Lâche, fais éclater tes coupables transports. Non, tu ne démens point le inonsUe dont tu sors. Traître, il ne manque plus à tant de perfidies Que d'oser sur mes jours porter tes mains hardies. Crois-tu par tes fureurs in'inspirer de l'effroi?