SCÈNE Vil
SÉSOSTRIS
Grands dieux! jamais si loin poussa-t-on l'insolence?
J'aurois dû... Vengeons-nous... Quoi! cette main balance?
Eh! quel dieu si long-temps peut retenir mon bras?
Que faut-il donc encor?... Perfide, tu mourras!
Que dis-je ! réprimons un transport si funeste.
Irai-je de mon sang verser le foible reste,
M'ôter le seul appui de mes jours languissants ?
Qu'a-t-il fait? .Sans l'amour qui subjugue ses sens,
L'aurois-je jamais vu lever un front rebelle?
Par combien de respects m'a-t-il marqué son zèle !
O toi dont j'ai souvent admiré la vertu,
Toi que j'aime, ô mon fils! à quoi me réduis-tu?
Pressé de tous côtés, quel parti dois-je prendre?
Je ne puis le punir, et je ne puis me rendre.
58 ORPHANIS.
Hélas! j'ai vu l'instant où, prêt à lui céder,
Ma foiblesse tantôt alloit tout accorder.
O mon fils ! quels tourments tu causes à ton père !
Mais de cette pitié que faut-il que j'espère?
Idoméuée attend l'effet de mes serments;
Irai-je m'exposer à ses ressentiments ,
De mes tristes états hâter la décadence?
Que faire? Du conseil implorons la prudence.
Qu'il juge, qu'il décide, et qu'il accorde eu moi
La tendresse du père et la gloire du roi.