ABCÈS
Eh ! crois-tu donc mes feux moins ardents que les tiens? Je puis, ainsi que toi, tenter tous les moyens, Braver tous les dangers : enfin , pour te défendre , Il n'est rien qu'en ce jour je ne puisse entreprendre.
ORPHANIS.
Peut-être en ces moments il jure mon trépas; Peut-être il vient ici m'arracher de tes bras ; Peut-être sa fureur implacable et sanglante Aux plus affreux tourments va livrer ton amante.
Eh ! prends-tu donc plaisir à redoubler mes maux ? Que me tUs-tu? qui, moi! sous le fer des bourreaux Je venois expirer!... Dieux! cette horrible image Aux excès les plus grands peut porter mon courage.
ORPHANIS.
Que dites-vous? ô ciel ! le trouble où je vous voi , Vos fureurs, nos dangers, tout me glace d'effroi. Il est d'affreux moments où la vertu s'oublie. Ne vous attendez pas que je le justifie.
G4 ORPHANIS.
Il en veut à nos jours, il vous ravit ma foi;
Mais de ses cruautés ne punissez que moi.
On a vu des amants , dans l'accès qui vous presse ,
immoler leur tyran pour venger leur maîtresse.
Leur exemple...
ARCÈS.
Qui, moi?
ORPHANIS.
J'eu frémis.
ARCÈS.
Quelle horreur!
Quelle affreuse clarté jettes-tu dans mon cœur!
ORPHANIS.
Je m'égare moi-même , et ma raison tremblante D'un reproche éternel doit sauver ton amante. Que vais-je devenir? Je n'ai donc aujourd'hui Que la mort pour espoir, ou ton bras pour appui !
Je ne sais que résoudre. Extrémité cruelle ! Prêt à me décider, mou courage chancelle. Quoi ! je n'ai qu'à choisir son trépas ou le tien ? Que dois-je faire, ô dieux?
ORPHANIS.
Quittons cet entretien.
Entre ces deux partis quand ton ame balance , Je vois trop que la mort est ma seule espérance. Puisqu'il n'est qu'un moyen de t'unir avec moi. Laisse-moi fuir ces lieux, et mourir loin de toi. Où vais-je?... Si je fuis, le tyran plein de joie Avec avidité va ressaisir sa proie,