SCÈNE IL
ARGÈS, regardant sortir Orphanis^ et après un moment de silence.
Dans quelle horreur la cruelle me laisse ! A ijuelle épreuve, ô dieux, mettez-vous ma foiblesse! VX j'ai pu soutenir ce fatal entretien ! Qu'ai-je promis, grands dieux!... Non, je ne promis rien De ce projet sanglant l'horreur me persécute , Et la nécessité veut que je l'exécute.
Ce bras que la vengeance et l'amour ont armé, Hélas, au meurtre encor n'est pas accoutumé!.. Que dis-tu, lâche amant! D'une ame indifférente Vois donc dans les tourments ta maîtresse expirante. Quoi! tu peux d'un seul coup prévenir son trépas. L'arracher au supplice... et tu ne l'oses pas? Attends-tu qu'un tyran l'immole ou nous sépare? Frappe : il t'a trop appris à devenir barbare. C'est un crime, n'importe ; il faut qu'il soit commis. Frappons. Qui me retient?... D'où vient que je frémis? Dans le fond de mon cœur déjà je. crois entendre ])e ce foible vieillard la vuix plaintive et tendre. Je crois le voir tomber sous mes coups inhumains , .M'implorer et mourir en me tendant les mains. Quoi ! je suis innocent , et le remords m'accable ! Que sera-ce, grands dieux, si je deviens coupable! Non , je ne fcnii ricu qui souille ma vertu.
ACTK V, SCÈî^L 11. 67
De remords trop cuisants mon cœur est combattu. On vient... Ciel ! quel objet vois-je marcher dans l'ombre? Qui vient chercher la mort dans ce lieu triste et sombre?