‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Blin de Sainmore, Imbert, et ForgeotChapitre 5 sur 200 · ACTE 1, SCENE I. n · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE I. n

Arcès, qui voit alors l'instant de nous unir, Obtient de Sésostris l'honneur de la punir. Il part : il va combattre, et c'est cette journée Qui doit de notre hymen régler la destinée, s'il revient triomphant , bientôt aux pieds du roi , Pour prix de sa victoire , il demande ma foi. Peut-être on t'a parlé de cet antique usage Que des rois daus l'Egypte établit le plus sage : Le tyran le plus fier y fut toujours soumis. Quand la première fois domptant les ennemis , Un prince désigné pour succéder au trône A par de grands exploits affermi la couronne , Le roi, sans résistance, est forcé d'accorder Tout ce que le vainqueur ose lui demander. Mais malgré cette loi mon ame déchirée , A la crainte, à l'espoir, tour-à-tour est livrée, .le touche enfin au jour si funeste, ou si beau. Qui m'élève à l'empire ou me plonge au tombeau.

ISSA

Vous verrai-je toujours, incertaine et flottante. Languir dans les tourments d'une sinistre attente? Et , lorsqu'à vos désirs tout paroît conspirer, A de sombres terreurs devez-vous vous livrer?

OKPHANIS.

Dans le fond de mon cœur si tes yeux pouvoient lire ,

Tu me plaindrois, Issa. Que puis-je enfin te dire?

Je gémis que le ciel , par un bienfait nouveau ,

N'ait pas au rang suprême élevé mon berceau.

Je gémis que d'un roi l'autorité jalouse,

Dun partage inégal toujours dote une épouse,

12 ORPHANIS.

Ne laisse à celle-ci qu'un titre auguste et vain ,

Et garde pour lui seul le pouvoir souverain.

Sexe ingrat et cruel , quelle est ton injustice?

Faut-il qu'ainsi sur nous ton joug s'appesantisse?

Le sort , pour nous barbare , a-t-il pu n'accorder

Qu'à nos fiers oppresseurs l'honneur de commander?

De quel droit leur orgueil ose-t-il nous néduire

Au frivole talent de plaire et de séduire ?

Et ne pouvons-nous pas , sur le trône comme eux,

Gouverner un empire et rendre un peuple heureux?

ISSA

J'admire vos projets et vois avec surprise La vaste ambition dont votre ame est éprise. Mais combien de revers vous faut-il dévorer! Du suffrage du roi qui peut vous assurer? J'avouerai que pour vous il est moins roi que père , Qu'à son cœur chaque jour vous devenez plus chère : Je suppose qu'enfin sa tendresse pour vous Cpnsente à vous donner son neveu pour époux ; Les grands , sans murmurer, verront-ils qu'on préfère Aux filles de leur sang une femme étrangère?

ORPHANIS.

J'ai prévu les dangers que tu crains aujourd'hui.

Je puis tout sur Arcès , et voilà mon appui.

Je ne me cache point, comme tu crois peut-être,

L'obscurité du rang où les dieux m'ont fait naître.

Oui, je sais que du ciel l'impitoyable loi

Mit un espace immense entre le trône et moi;

Qu'à quelque sort brillant où je pusse m'attendre»

Jamais à tant d'honneurs je n'aurois dû prétendre.

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