ACTE 1, SCENE
Quel mortel peut avoir plus de droits sur mon ame?
ISSA
A vos brillants destins j'applaudirai , madame. Puis-je vous voir bientôt...
ORPHANIS.
Je vais te révéler Des secrets qu'à ta foi je ne puis plus celer: Apprends à me connoitre ; enfin mon ame altière A tes yeux étonnés va s'ouvrir tout entière. Tu sais que Sésostris , pour terme à ses exploits. Résolut d'asservir mon pays à ses lois. Issa , tu te souviens de l'affreuse journée Où Tyr au fer cruel se vit abandonnée. Tout périt : le vainqueur fit tomber sous ses coups Mes deux fils au berceau, mon père et mon époux. Moi-même au sein des morts , foible , pâle et mourante , J'allois suivre au tombeau ma famille expirante. Le roi, que ma jeunesse alors semble toucher. Des mains de ses soldats vient soudain m'ari-acher; Il prend soin de mes jours , et sa bonté facile IM'améne en ce palais et m'y donne un asile. Voilà ce que tu sais. Mais tu ne peux savoir Quels sont mes sentiments et quel est mon espoir. Te le dirai-je, Issa? Près du trône amenée, La pompe de ces lieux ne m'a point étonnée : Je ne me trouvai point étrangère à la cour. Mais dès que j'approchai de ce fatal séjour, La soif du rang suprême, ainsi qu'un trait de flamme. Vint saisir, vint brûler, vint dévorer mon ame : Dans ces fiers courtisans je crus voir mes sujets.
10 OltPHANIS.
Bientôt l'amour d'Arcès seconda mes projets.
Ce prince eutroit alors dans l'âge où l'ame ardente De ses premiers penchants suit la fougue imprudente : Je sus en profiter; et ces foibles attraits Favorisant l'orgueil de mes desseins secrets, Arcès brûla pour moi. Tout plein de son ivresse ,
11 venoit chaque jour m'exalter sa tendresse. Et par mon artifice étoit, en me quittant, Toujours plus amoureux, et toujours mécontent. Enfin , pour assurer ma fortune incertaine , J'exigeai des serments qu'il prodigua sans peine. Il me promit sa main. Ainsi je puis compter Que cet hymen au trône un jour me fait monter. Oui, si j'en crois, Issa, le transport qui m'inspire. Il me semble déjà, maîtresse de l'empire.
Tenir entre mes mains le sceptre redouté , Et déjà de ce rang j'ai toute la fierté.
ISS A.
Pouvez-vous présumer que Sésostris ignore Le penchant que pour vous...
ORPHANIS.
Il ne sait rien encore.
Aux regards curieux de ce peuple indiscret Ma prudence avec soin sut cacher mon secret. Nos feux se nourrissoient dans la nuit du mystère. Mon amant m'adoroit, et je savois lui plaire. Nous attendions en paix un moment plus heureux, Quand un sort imprévu vint l'offrir à nos vœux. On apprend que du roi la Crète tributaire Ose lui refuser le subside ordinaire.