ACTE I, SCENE V
Des amours de d'Orson vous avez connoissance;
Vous feignez, par votre sLleuce,
D'ignorer sa légèreté;
Et votre amoureuse prudence Dérobe aux yeux d'autrui son infidélité, Comme vous cacheriez votre propre inconstance. Par exemple , sa fête arrive ; c'est demain : A son insu, d'Erbon fait exprès une pièce
Pour son bouquet, où l'on vous voit soudain Prendre un rôle amoureux, touchant , plein de tendresse.. On vous croiroit heureuse au milieu du chagrin.
LA COMTESSE
Que voulez-vous? La plainte, en pareille infortune. Est toujours inutile... et souvent importune. Tout inconstant qu'il est, chevalier, entre nous,
Je l'avouerai, j'aime encor mon époux.
Mes reproches pourroient exciter sa colère. Si je suis triste auprès de lui , Il me fuira pour éviter l'ennui.
Quoi ! si , même eu l'aimant , j'ai cessé de lui plaire , Croirai-je que l'humeur, les cris me le rendront? Dois-je esjjérer que mes plaintes feront Ce que mon amour n'a pu faire?
Contre moi ce seroit l'armer.
Exhaler son dépit contre un mari coupable. C'est, en voulant se faire aimer.
S'efforcer d'être moins aimable.
L'avouerai-je? il me semble aussi que dès ce jour. Teignant de ne pas voir un amour qui me blesse. Je facilite son retour,
S'il me rend jamais sa tendresse.
Mais s'il savoit déjà qu'on m'a dit ses secrets, , Une fausse pudeur, mêlée à ses regrets.
Peut rendre vain un remords véritable;
Pour ne pas s'avouer coupable , Il le seroit peut-être encore après.
LE CHEVALIER
oh ! pour le coup , c'est là , je le confesse , Mettre d'accord l'amour et la raison.
LA COMTESSE
Quoi qu'il en soit, pour vous, vivez avec d'Orson; Attendons que le temps me rende sa tendresse. Vous voulez épouser sa sœur, dont la jeunesse... A propos, chevalier, pour changer l'entretien Qui, grave en commençant, malgré moi pourroit bien
Finir encor par la tritesse , Votre ami dès long-temps , d'Orson veut aujourd'hui Par d'autres nœuds vous attacher à lui;
Il désire votre alliance.
Mais, vous le dirai-je, entre nous,
Je redoute souvent en vous Un certain air... peu sage, un ton d'insouciance...
De bonne foi, trouvez- vous, là.
Que, sans risque, d'Orson vous destine pour femme Sa jeune sœur ?
LE CHEVALIER
Je vous entends, madame.
Vous craignez... des écarts. Oh! ce n'est plus cela. Bon, je me suis rangé; mais là, réforme entière. Il est vrai qu'autrefois, apôtre de l'amour,