ACTE I, SCENE V
Mille exploits ont marqué ma brillante carrière.
Peu touchés de ma gloire , un jour
Mes cliers parents, je le confesse , Furent près d'obtenir un ordre de la cour
Pour m'enfermer, par défaut de sagesse.
Peut-être ils disoient vrai; mais on voit bien, je croi. Que maintenant c'est par-là que je brille; Je suis plus sage qu'eux, à coup sûr; et ma foi,
Aujourd'hui ce seroit à moi
A faire enfermer rna famille.
LA COMTESSE
Vous vous croyez donc fermement Guéri, là, tout-à-fait?
oh ! radicalement.
LA COMTESSE
Je ne sais, quelquefois je trouve difficile...
LE CHEVALIER
Ah ! soyez raisonnable aussi.
Il ne faut pas juger de mes mœurs par mon style; Car bien que ma réforme ait des mieux réussi. Elle est nouvelle encor; c'est un apprentissage. J'ai bien changé mes mœurs; mais ma foi, jusqu'ici. Je n'ai pas eu le temps de changer mon langage. Agir vaut, après tout, mieux que parler, dit-on.
Combien de gens qui , dans la vie , Se conduisent en fous et qui parlent raison ! Pour moi j'agis en sage et je parle folie.
Voyez un peu le grand malheur !
Madame, pour mon style ayez quelque indulgence;
Encore un coup , par lui ne jugez point mon cœur; Je ne suis libertin que par réminiscence.
LA COMTESSE
Fort bien.
LE CHEVALIER
D'ailleurs, à parler franchement, Sij'étois père de famille, Avec tout l'or du monde, impitoyablement
Je refuserois pour ma fille Un gendre qui toujours eût vécu sagement; Quelque peu de dérangement Me donaeroit bien plus de confiance. Vous riez?
LA COMTESSE
Cette idée est neuve. Apparemment, Chevalier, c'est ici quelque réminiscence?
LE CHEV A LIER
Non, madame; je crains tout précoce Caton;
Je crains toujours son arrière-saison.
On n'est pas bon marin , si l'on n'a fait naufrage; A force de broncher , on marche en sûreté :
Il faut enfin , pour être vraiment sage , Ne l'avoir pas toujours été.
LA COMTESSE
En ce cas-là , sur votre mariage Je reprends ma sécurité.
Mais notre jeune sœur, çà, que pensez-vous d'elle?
LE CHEVALIER
J'ai peur de l'aimer trop. Ma foi...