LE CHEVALIER, LE MARQUIS
LE MARQUIS
D'Orson, à ce que j'aperçoi, Vous chérit tendrement.
LE CHEVALIER
Nulle amitié, je croi.
Ne peut l'emporter sur la nôtre; Et nous boudons toujours : souvent. Dieu sait pourquoi ! Nous ne pouvons, le comte et moi.
Ni vivre en paix, ni vivre l'un sans l'autre. Ce qui , par exemple , est pour nous La cause d'un débat toujours prêt à renaître. C'est son caractère jaloux.
LE MARQUIS
Jaloux? oh ! tant qu'il peut.
Et plus qu'on ne doit l'être:
Car la comtesse enfin doit à peine endurer Cette ennuyeuse frénésie.
LE MARQUIS
Eh! non, non: les amants, j'ose vous l'assurer,
loo LE JALOUX SANS AMOUR.
Se plaigneut de la jalousie,
Et sont ravis de l'inspirer.
Lorsqu'un jaloux déplaît, c'est qu'on est sans tendresse; Mais un jaloux qu'on aime afflige rarement.
Pour mon neveu , je le confesse, Du privilège il use largement.
LE CHEVALINE
Mais, qu'est-il devenu? J'ai cru qu'en ce moment Il nous suivoit.
LE MARQUIS, après avoir rêvé.
Ah! la bonne folie!
Ma nièce alloit écrire un mot à son amie; J'oserois gager hardiment Qu'il est parti sans nous rien dire , Pour épier ce qu'elle alloit écrire.
LE CHEVALIER
Il en est capable , entre nous.
LE MARQUIS
Avez-vous aperçu presqu'un air de courroux Sitôt qu'elle a parlé de billet?
Ce langage, Sans doute, dans son cœur, a réveillé l'image De toutes les horreurs qu'enferme un billet doux. Il entre...