ACTE IV, SCENE VIII
LUCILE
Oui.
LE BARON
Mais de ma surprise à peine je reviens : Je n'ai rien vu d'égal au billet que je tiens. Plus je la lis , et plus cette lettre m'étonne. Le sentiment y régne, et l'esprit l'assaisonne. Belle indolente, eh quoi, sous cet air ingénu, Vous me trompiez ainsi? Qui l'auroit jamais cru?
(Il relit tout haut.) «Je sais qu'on me croit sans esprit; mais ce n'est que « pour vous seul que je voudrois en avoir. »
(// s'interrompt. ) Je ne demande plus à qui ceci s'adresse. Je sens toute la force et la délicatesse Du reproche fondé que cache ce billet:
Et je vois par malheur que j'en suis seul l'objet. Il est honteux pour moi de mériter vos plaintes. Mes fautes, j'en rougis, y sont trop bien dépeintes. Voilà le résultat de tous nos entretiens, Et tous vos sentiments y répondent aux miens.
lucile, à part.
La méprise est heureuse, et mon aine respire.
le marquis, à part.
Fort bien. Il prend pour lui ce qu'on vient de m'écrire.
LE BARON
Cet embarras charmant, cette aimable rougeur Servent à confirmer ma gloire.
LE MARQUIS, à fiait.
Ou son erreur.
i88 LES DEHORS TROMPEURS.
LE BARON
Quelle joie ! Elle m'aime, elle sent, elle pense!
Que j'ai mal jusqu'ici jugé de son sileuce !
Ah ! pourquoi si long-temps me cacher ses trésors ,
Et les ensevelir sous de trompeurs dehors?
Mais n'accusons que moi ; c'est ma faute , et ma vue
Devoit lire à travers cette crainte ingénue :
Je devois démêler son cœur et son esprit.
Je trouve mon arrêt dans ce qu'elle m'écrit ;
Et ces traits dont mon ame est confuse et ravie ,
Font ma satire autant que son apologie.
LUCILE
Il est vrai.
le marquis, à part.
Je jouis d'un plaisir tout nouveau; Et l'on n'a jamais mieux donné dans le panneau.
le BARON, au marquis qui s'avance.
Ah! marquis, vous voilà, ma joie est accomplie. C'est ici le moment le plus doux de ma vie. Mon bonheur est au comble, et je viens de trouver Tout ce qui lui manquoit , et qui peut l'achever. Rien n'égale l'esprit de la beauté que j'aime. Je veux que votre oreille en soit juge elle-même. Écoutez ce billet que Lucile m'écrit; Il va vous étonner autant qu'il me ravit. (Il lit.) ^ « Je sais qu'on me croit sans esprit ; mais ce n'est que « pour vous seul que je voudrois eu avoir; et si je « pouvois réussir à vous persuader que je suis aussi '• spirituelle que tendre, peu in importèrent que le reste