LE MARQUIS, LUCILE
LE MARQUIS
Je puis enfin , au gré du penchant qui m'entraîne , Vous voir et vous parler sans témoin et sans gêne. Que cet instant m'est doux! que je suis enchanté! Ce moment, comme moi, l'avez-vous souhaité0 Vous ne répondez rien , et votre cœur soupire.
LUCILE
A peine à mes transports mes sens peuvent suffire : Le discours est trop foible, et je n'eu puis former. Marquis, me taire ainsi, n'est-ce pas m'exprime r?
Oui, charmante Lucile, il n'est point d'eloquem e Qui vaille et persuade autant qu'un tel silence.
LUCILE
Mes yeux semblent sortir d'une profonde nuit; Dans ceux de mon amant un autre ciel me luit : Au seul son de sa voix mon cœur se sent renaître,
i94 LES DEHORS TROMPEURS.
Et l'amour près de lui me donne un nouvel être. Mon aine n'étoit rien quand il étoit absent, Sa vue et son retour la tirent du néant.
LE MARQUIS
Souffrez, dans le transport dont la mienne est pressée...
LUCILE
Non, sans vous, loin de vous je n'ai point de pensée. Je suis stupide auprès du monde indifférent, Et je n'ai de l'esprit qu'avec vous seulement. Le mien ne brille point dans une compagnie : Le sentiment l'échauffé , et non pas la saillie. Celui que l'amour donne à deux cœurs bien épris , Est le seul qui m'inspire , et dont je sens le prix.
LE MARQUIS
Ah ! c'est le véritable, et n'en ayons point d'autre; Comme il sera le mien, qu'il soit toujours le vôtre. Ne puisons notre esprit que dans le sentiment: Vous m'aimez?
LUCILE
Oui, mon cœur vous aime uniquement.
Que votre belle bouche encore le répète , Vous avez à le dire une grâce parfaite.
LUCILE
Oui, marquis , je vous aime, et je n'aime que vous.
LE MARQUIS
Et moi, je vous adore.
LUCILE
O retour qui m'est doux !