SCÈNE
cracher, ni éternuer, ni se moucher; qu'il est, par.conséquent , un homme sans manières ; qu'un homme sans manières n'est présentable nulle part, et que c'est un homme à jeter par les fenêtres qu'un homme sans manières.
LE BARO>
Oh ! monsieur le marquis des manières , si vous trouviez à les troquer contre un peu de bon sens, je vous conseillerois de vous défaire d'une partie de ces manières.
LE MARQUIS
C'est pourtant à ces manières dont tu me fais tant la guerre, que j'ai l'obligation d'une conquête, mais d'une conquête brillante!
LE b a r o >' .
Voilà encore la maladie de nos Français qui voyagent. Ils sont si prévenus de leur prétendu mérite auprès des femmes , qu'ils croient que rien ne résiste aux brillants de leurs airs , aux charmes de leur personne , et qu'ils n'ont qu'à se montrer pour charmer toutes les belles d'une contrée. Un regard jeté par hasard sur eux, une politesse faite sans dessein leur est un sûr garant d'une victoire parfaite. Ils s'érigent en petits conquérants des cœurs; et, de l'air dont ils quittent la France, ils semblent moins partir pour un voyage qu'aller en bonne fortune. Mais, marquis...
le marquis, l interrompant.
Mais, baron éternel, ce n'est pas sur un regard équivoque, sur une simple civilité que je suis assuré qu'on m'aime ; c'est parcequ'on me l'a dit à moi-même, parlant à ma personne,,.
LE BARON
Eh' peut-on savoir quel est ce rare objet?
LE MARQUIS
C'est une jeune veuve de Cantorbéry, fille d'un lord , belle, riche, qui est à Londres pour affaires. Le hasard m'a procuré sa connoissançe. Je suis venu exprès loger dans cet hôtel garni, où elle demeure depuis huit jours qu'elle a changé de quartier.
On la nomme?
LE MARQUIS
Éliante.
LE BARON
Eliante? Je la connois; je l'ai vue plusieurs fois chez Clorinde, une de ses amies. C'est une dame du premier mérite.
LE MARQUIS
Mais tu m'en parles d'un ton à me faire croire qu'elle ne t'est pas indifférente?
LE BARON
Il est vrai, je ne le cache point, c'est de toute»