SCÈNE XIV
autant de leçons pour moi. Plus je vous vois, et plus je sens la supériorité que vous avez sur nous.
le marquis, h part.
Ce jeune homme est assez poli pour un Anglais.
LE LORD HOUZET.
Enseignez-moi , de grâce , comment vous faites pour être si aimable. C'est un je ne sais quoi qui nous manque, que je ne puis exprimer.
LE MARQUIS
Et qu'il ne vous sera pas difficile d'attraper. Vos discours, vosfaçons, vous distinguent déjade vos compatriotes. Vous savez vivre, vous sentez votre bien, et vous avez l'air français.
LE LORD HOUZEY.
J'ai l'air français? Ah! monsieur, vous ne pouvez rien me dire dont je sois plus flatte'. C'est de tous les airs celui que j'ambitionne le plus.
Vous avez du goût, milord, vous irez loin. Vous avez de la figure, vous avez des grâces ; ce seroit un meurtre de les enfouir; il faut les développer, monsieur, il faut les développer. La nature commence un joli homme, mais c'est l'art qui l'achève.
LE LORD HOUZEY.
Eh! en quoi consiste précisément cet art?
LE MARQUIS
En des riens qui échappent , et qu'il faut saisir ; en des bagatelles qui font les agréments : un coup de tête, un air d'épaule, un geste, un souris, un regard , une expression , une inflexion de voix ; la façon de s'asseoir, de se lever, de tenir son chapeau , de prendre du tabac , de se moucher, de cracher. Par exemple, permettez-moi de vous dire que vous mettez votre chapeau en garçon marchand. Regardez-moi. C'est ainsi qu'on le porte à la cour de France. ( Le lord Houzey place son chapeau de la même manière que le marquis.) Oui, comme cela.
LE LORD HOUZEY.
Je ne l'oublierai pas. J'aime les airs, les manières, les façons.
LE MARQUIS
Doucement, monsieur; allons bride en main. Ne confondons point , s'il vous plaît , les uns avec les autres. Les airs sont distingués des manières, et les manières des façons. On a des manières, on fait des façons, on se donne des airs. Un homme du monde, par exemple, a des manières... Ecoutez ceci, c'est la quintessence du savoir-vivre... Un homme du monde a des manières, par égard, par attention pour les autres, pour leur marquer la considération qu'il a