‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BoissyChapitre 90 sur 194 · LE MA B Q IIS · texte numérisé non relu

LE MA B Q IIS

Oui, je crois l'être autant que je suis enflammé.

Vous êtes trop heureux, et je vous porte envie.

LE MARQUIS

Attendez, mon histoire encor n'est pas finie; Vous ignorez le point critique et capital. Oblige d'entreprendre un voyage fatal , J'ai perdu malgré moi ma maitresse de vue ; Je ne sais, qui plus est , ce qu'elle est devenue. Nous nous'sommes écrits d'abord exactement, Et ses lettres suivoient les miennes promptement ; Mais elle a tout à coup cessé de me répondre. J'ai pressé mon retour; je suis parti de Londre; Et mes feux empressés, d'abord, en arrivant, .M'ont fait, pour la revoir, voler à son couvent.

Vain espoir ! on m'a dit qu'elle en étoit sortie : C'est tout ce que j'en sais. Une main ennemie, Que je ne connais pas , l'arrache à mon amour; Et ce coup à mes yeux l'enlève sans retour.

LE BARON

Vous possédez son cœur?

LE MARQUIS

Douceur cruelle et vaine !

Le bonheur d'être aimé met le comble à ma peine.

LE BARON

Vos recherches, vos soins, pourront la découvrir.

LE MARQUIS

Non : je n'espère plus d'y pouvoir réussir, Et dans tous mes projets le malheur m'accompagne. J'ai mis, depuis huit jours, tous mes gens en campagne; Mais inutilement : ils ne m'apprennent rien.

N'importe, votre sort est plus doux que le mien : Le pis est de brûler pour une belle idole.

LE MARQUIS

Vous la posséderez, c'est un bien qui console; Mais pour mes feux trompés cet espoir est détruit. Plus l'objet est parfait , et plus sa perte aigrit : Je suis le plus à plaindre, et mon cruel voyage...

LE BARON

Ne nous disputons plus un si triste avantage; Nous éprouvons tous deux un sort plein de rigueur. Marquis, goûtons l'unique et funeste douceur D'être les confidents mutuels de nos peines , Et mêlons sans témoins vos douleurs et les miennes.

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