SCÈNE II
LE CHEVALIER, ZAIDE
LE CHEVALIER
De grâce, ëcoutez-moi, Zaïde ! suspendez pour un moment une si cruelle résolution.
ZAÏDE
Je ne saurois assez tôt m'éloigner de vous, après ce que vous avez osé entreprendre.
LE CHEVALIER
Je vous adore, Zaïde, et je n'avois que ce moyen pour vous voir et pour vous le dire.
ZAÏDE
Qu'attendez-vous de moi, de votre père, de» personnes de qui je dépends? Vous les irriteztous
par une conduite si hardie. Avez vous songé à ce que je suis, à ce que vous êtes, aux obstacles insurmontables qui nous séparent?
LE CHEV AMER
Par-tout ailleurs qu'ils soient , que dans votre cœur, mon amour sera plus fort que tous les obstacles : c'est un si grand bonheur pour moi d'avoir pu vous dire que je vous aime , que je ne désespère plus désormais de ma fortune.
Z.\ÏDE.
Cessez donc de vous attacher à la mienne. Mon étoile est d'être malheureuse : j'ai commencé à l'être dès l'enfance ; je le serai toujours.
LE CHEVALIEB.
Vous ne le seriez plus , Zaïde , si vous daigniez approuver la pure ardeur dont je brûle.
ZAÏDE
Hélas ! je ne vous ai déjà que trop fait connoî- {re.... Ne m'obligez pas à vous en dire davantage. Malheureuse ! c'est bien à moi.... Sortez, ou laissez-moi.
LE CHEVALIER
Non, charmante Zaïde.
i24 LE MUET.