‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BruéysChapitre 189 sur 236 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

M. PATELIN'

Cela est résolu; il faut, aujourd'hui même, quoique je n'aie pas le sou , que je me donne un habit neuf. Ma foi, on a bien raison de le dire, il vaudroit autant être ladre que d'être pauvre. Qui diantre, à me voir ainsi habille, me prendroit pour un avocat ? IS'e diroit-on pas plutôt que je serois un magister de ce bourg? Depuis quinze jours, j'ai quitté le village où je demeurois pour venir m'établir en ce lieu-ci, croyant d'y faire mieux mes affaires. Elles vont de mal en pis. J'ai, de ce côté-là , pour voisin mon compère le juge du lieu : pas un pauvre petit procès. De cet autre côté, un riche marchand drapier ; pas de quoi m'acheter un méchant habit. Ah! pauvre Patelin , pauvre Patelin ! comment feras-

tu pour contenter ta femme, qui veut absolument que tu maries ta fille ? Qui diantre voudra d'elle , en te voyant ainsi déguenillé ? Il te faut bien , par force, avoir recours à l'industrie. Oui, tâchons adroitement à nous procurer, à crédit, un bon habit de drap dans la boutique de monsieur Guillaume, notre voisin. Si je puis une fois me donner l'extérieur d'un homme riche, tel qui refuse ma fille.... (^apercevant sa femme. ) Mais voilà ma femme et sa servante qui causent ensemble sur ma friperie : écoutons-les sans nous montrer.

( // se cache dans un coin du théâtre. )

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