‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de BruéysChapitre 196 sur 236 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

M. PArELl>-.

Des manières nobles et franches, qui gagnent le cœur de tout le monde !

M. GUILLAUME

Oh! point, monsieur.

M. PATELIX.

Parbleu ! la couleur de ce drap fait plaisir à la vue.

M. GUILLAUME

Je le crois. C'est couleur de marron.

M. PATELIN

De marron? Que cela est beau ! Gage, monsieur Guillaume, que vous avez imaginé cette couleur-là ?

M. GUILLAUME

Oui, oui, avec mon teinturier.

M. PATELIN

Je l'ai toujours dit, il y a plus d'esprit dans cette tête-la que dans toutes celles du village.

Ah! ah 1 ah!

M. PATELIN, tatan t le drap.

Cette laine me paroît assez bien conditionnée ?

M. GUILLAUME

C'est pure laine d'Angleterre.

M. PATELIN

J« l'ai cru. A propos d'Angleterre, il me sem-

ble, monsieur Guillaume, que nous avons autrefois été à l'école ensemble?

M. GUILLAUME

Chez monsieur Nicodème ?

M. PATELIN

Justement. Vous étiez beau comme l'amoui .

M. GUILLAUME

Je l'ai ouï dire à ma mère.

M. PATELIN

Et vous appreniez tout ce qu'on vouloit.

M. GUILLAUME

A dix-huit ans je savois lire et écrire.

M. PATELIN

Quel dommage que vous ne vous soyez appliqué aux grandes choses ! Savez-vous bien, monsieur Guillaume, que vous auriez gouverné un état?

M. GUILLAUME

Comme un autre.

M. PATELIN

Tenez, j'avois justement dans l'esprit une couleur de drap comme celle-là. Il me souvient que ma femme veut que je me fasse un habit. Je songe que demain matin à cinq heures, en portant vos trois cents écus, je prendrai peut-être de ce drap.

M. GUILLAUME

Je vous le garderai.

Page 1