ACTE III, SCENE II. 32f
M. PATELIN, n'rtJlt.
Ah! ah! ah!
M. BARTOLIN.
A VOS moutons, vous dis-je, à vos moutons.
M. PATEL l>', riant.
Ah! ah! ah!
M, BARTOLiN, rt M. Guillaume.
Ouais ! vous êtes hors de sens , monsieur Guillaume: rêvez-vous?
M. PATELIN
A'ous voyez, monsieur, qu'il ne sait ce qu'il dit.
M. OriLLALME.
Je le sais fort bien, monsieur. H m'a volé sixvingts moutons, et cematin,aulieu de me payer trente écus pour six aunes de drap, couleur de marron, il m'a paye' de papillons noirs, la nymphe Calipot, ta rai la, ma commère, quand je danse. Que diable sais-je encore ce qu'il est allé chercher ?
M. PATELIN , riant.
Ah ! ah ! ah ! il est fou , il est fou !
M. nxKTOLi^., à M Guillaume.
En effet... Tenez, monsieur Guillaume, toutes les cours du royaume ensemble ne comprendront rien à votre affaire. Vous accusez ce berger de vous avoir volé six- vingts moutons, et vous en-
33o L'AVOCAT PATELIN,
trelardez là- dedans six aunes de drap, trente ëcus , des papillons noirs , et mille autres balivernes. Eh! encore une fois, revenez à vos moutons, ou je vais relaxer ce berger. Mais j'aurai plutôt fait de l'interroger moi-même, (ci Agnelet.^ Approche-toi : comment t'appelles-tu?
AGNELET
Bée...
M. GUILLAUME, Cl M. Bartolvi.
Il ment; il s'appelle Agnelet.
M. BARTOLIN.
Agnelet ou Bëe, n'importe. ( à Agnelet. ) Dismoi, est-il vrai que monsieur t'avoit baille' en garde six-vingts moutons?
AGNELET
Bée...
M. BARTOLIN.
Ouais ! la crainte de la justice te trouble peutêtre. Écoute, ne t'effraie point. Monsieur Guillaume t'a-t-il trouvé de nuit tuant un mouton ?
AGNELET
Bée...
M. BARTOLIN.
Oh ! oh ! que veut dire ceci?
M. PATELIN
Les coups qu'il lui a donnés sur la tête lui ont troublé la cervelle.