ACTE I, SCÈNE IV
je crois aussi que, puisqu'elle vous fait rappeler, elle compte à coup sûr qu'elle vous apaisera.
TIMAKTE.
Elle?
F ROTIN
Oui, elle.
ÎX'est-il pas certain que l'on me retusa hier cette porte ?
Cela est vrai.
Ne vis-tu pas entrer, un moment après , chez elle, ce capitaine de vaisseau qui ne la quitte point depuis quelques jours?
FRO>TIN
J'en tombe d'accord.
TIMA>'TE.
Eh bien ! que pourra-t-elle me dire?
FRONTIN
Je ne sais : mais ce sera elle qui le dira, et vous qui l'écouterez. Tenez, monsieur, figurez- vous qu elle est présentement devant vous , avec tous ses charmes, et qu'elle se justifie; que sa bouche vous parle, que vous oyez le son de sa voix , et que ses yeux vous regaident : n'est -il pas vrai qu'elle a raison ?
i38 LE MUET.
TIMANTE
Heks !
FRONTIN
Avec cela , si elle s'avise de laisser tomber quelques feintes larmes, en conscience croyez-vous tenir un seul moment devant elle ?
ÏIMAKTE.
Je t'avoue que j'aurai besoin de toutes mes forces.
FKONTIS.
Voulez-vous en croire votre valet?
Eh bien?
FROKTIN.
Ne la voyez point. Vous y êtes encore à temps ; personne ne vous a vu entrer. En tout cas , c'est ici que logent tous les gens de qualité de Messine qui viennent à Naples^ vous direz que vous alliez voir le marquis de Sardan : aussi bien, cette salle sépare son appartement de celui de la comtesse. Allons, courage; prenez une belle résolution : n'irritez pas davantage monsieur votre père. 11 est si en colère de ce que vous refusez la fille du marquis, qu'il est résolu de donner cette même Hlle, avec tout son bien, à votre frère le chevalier. N'est-ce pas dommage qu'une personne comme lui hérite d'un bien si considérable , et