ACTE I, SCÈNE I. ij
le ne sais quoi de sombre, une terreur secrète, Vn silence pensif, de leur trouble interprète; Leurs soins à ni'éviter, comme si dans mes yeux Elles avoient surpris le secret de mes feux, Et que chacune, hélas! en fuyant mou approche. M'enviât mon bonheur, ou m'en fit un reproche; Tout semble nous montrer que nos divisions Ont trop dans leur esprit laissé d'impressions; Tout trahit leur froideur, et m'est un témoignage Qu'au lieu de leur penchant le traité les engage. Et moi, tendre et sensible, et toute à mon ardeur, Prince, je comparois an vide de leur cœur Ce doux charme d'aimer, félicité première , Qui fait chérir la vie, et remplit l'ame entière ; Et mon cœur, en secret vous adressant ses vœux, Devançoit les serments que je vais faire aux dieux. Toutefois puis-je voir, seigneur, sans quelque peine, De l'hymen à regret mes sœurs former la chaîne? Par quel destin fatal, près d'engager leur foi, Sont-elles aujourd'hui moins heureuses (|ue moi? Ah! que toutes, cédant à des lois nécessaires. Des yeux dont je vous vois n'ont-elles vu vos frères! Puisse la haine au moins, respectant leurs liens, Aux flambeaux de l'hymen ne point joindre les siens I Dure à jamais ici la paix qui vient de naîti'e!
LYNCÉE
Qui pourroit la bannir? Vos sœurs \ont trop connoître. Par le seul souvenir de nos troubles passés. Le danger des poisons que la haine a versés. Quel affreux sentiment! toujours aussi funeste
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Au malheureux qui hait, qu'à celui qu'on déteste!
Trop aveugles humains, de maux environnés,
Faut-il être à la haine encore abandonnés?
Ah! du moins écartant la discorde et la guerre,
C'étoit à l'amitié de consoler la terre.
Mais enfin un traité trop saint, trop solennel,
Sur la brèche signé , va l'être sur l'autel ;
Et les nœuds de vos sœurs, pour être involontaires,
Seront-ils moins sacrés pour elles, pour nos pères?
Mais voici Danaiis.