‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 118 sur 207 · ACTE tl, SCÈNE if. i · texte numérisé non relu

ACTE tl, SCÈNE if. i

Pourriez-vous soutenir mes cruels entretiens, Mes reproches, mes cris, vos remords et les miens, Tous ces noms odieux que , dans les pleurs baignée, Je vous verrois donner par la terre indignée? C'est vous servir, seigneur, que vous désobéir; En vous obéissant, mes sœurs vont vous trahir. Mon père, épargnez-leur un repentir horrible; Aux larmes d'Hypermnestre , à la pitié sensible, De Lyncée et des siens détournez de tels coups, Quittez un noir dessein fatal même pour vous. Seigneur, au nom des dieux...

Eh ! ce sont ces dieux même Qui de verser le sang donnent l'ordre suprême. Leur ministre a parlé; non, ce n'est point ma voix. C'est le ciel qui commande, il te dicte ses lois. A ses arrêts sacrés prétends-tu mettre obstacle? Veux-tu ma mort? veux-tu justifier l'oracle? Veux-tu par ton époux voir mon sang répandu^

HY PERMIVESTRE.

Non, c'est trop m'opposer un devoir prétendu.

Un péril supposé par un oracle impie.

Si quelque vrai ilanger meuaçoit votre vie,

J'en atteste le ciel qui préside à nos jours.

Mon père me verroit voler à son secours ,

A travers mille morts courir pour le défendre.

Heureuse que pour lui mon sang pîit se répandre!

Mais où sont vos dangers, et quel est votre effroi!

Quand un prêtre a parlé, tremblez-vous sur sa foi ?

Cette inspiration que son visage a feinte.

i64 Rypermnestuk

Ces cheveux hérissés d'une horreur (ju'oii croil sainte.

Ces regards égarés , ces sons de voix [ilus lents.

Peuvent-ils imposer un moment à vos sens?

Avez-vous vu sur lui la vérité descendre?

Danaiis, a-t-il dit, périra par un gendre.

D'où le sait-il? Ce fourbe a-t-il le droit affreux

De rendre l'un coupable et l'autre malheureux?

La vertu de Lyncée, inébranlable et pure,

Doit porter dans votre ame un jour qui la rassure;

Il sera tel toujours qu'il se montre aujourd'hui ;

Il est sûr de son cœur, l'avenir est à lui.

Eh ! quel seroit, grands dieux ! notre sort déplorable,

Si vous forciez notre ame à devenir coupable ,

Si la vertu n'étoit qu'un don mal assuré

Que le ciel nous laissât ou reprît à son gré,

Si tel étoit le sort des mortels qu'elle anime,

De vivre en frémissant dans l'attente du crime!

DAN AU s.

J'ai i)itié des erreurs oîi ton cœur est livré j Tu t'égares toi-même, et me crois égaré, Et tu ne songes pas que ta bouche profane Offense, en m'irritant, les dieux dans leur organe. Tu méconnois l'avis que les dieux ont dicté ! Crois-tu l'anéantir par l'incrédulité?

N'a-t-on pas vu cent fois la mort ou les disgrâces Des oracles trop vrais confirmer les menaces?

IIYPEUMN EST R F.

Ah, seigneur! si jamais uu oracle fut hiiix.

C'est lorsqu'il rend suspect un grand cœur, un héros.

Si l'on vit s'accomplir plus d'un sinistre oracle.

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