SCÈNE II
LYNCÉE, ÉROX.
ÉROX au fond du théâtre.
LYNCEE.
Qu'entends-je? Érox?
ÉROX.
Seigneur, ah ! quelle horreur Vos frères ont péri.
LYNCÉE
Mes frères !
ÉKOX.
Tous, seigneur, Par l'ordre du tyran , par la main de leurs femmes.
O dieus! qu'ai-je entendu! Quelles affreuses trames!
ÉROX.
Le lit de l'hyménée est l'autel de la mort. Au bruit qui se répand d'un si funeste sort, Je frémis et j'accours: dans son sang chacun nage; L'un jette un cri plaintif, l'autre un soupir de rage: Celui-ci se relève, et retombe expirant; Cet autre est étendu le poi;;nard dans le flanc. Un seul presque échappé de ce carnage impie Traînoit d'un pas tremblant les restes de sa vie: Je vole à son secours, mais sa femme en fureur L'«?ntend. court, me devance, et lui perce le cœur;
lyo HYPERMNESTRE.
Il tombe, il reconnoit son épouse homicide,
Pleure, et d'un œil mourant suit encor la perfide.
Toutes courent en foule à leur père inhumain,
L'entourent; le poignard fume encor dans leur main.
Le tyran les embrasse, applaudit à leurs crimes;
Lui-même, impatient de compter ses victimes.
Il accourt, il repaît ses yeux étincelants
Du spectacle cruel de tant de corps sanglants:
On dit que sa fureur d'un oracle s'appuie.
Venez, suivez mes pas , trompez sa perfidie.
Fuyez; de votre sang un barbare altéré...
LYNCÉE
Ami, c'en est assez; ce bras désespéré...
ÉROX.
Où courez- vous, seigneur?
LYNCÉE, à pari.
Tu ne jouiras guères...
Où je cours, cher Érox?... Je cours venger mes frères, Venger mon père, moi, l'hymen, l'humanité. Les dieux, la foi trahie, et l'hospitalité ; Tout ce qui fut sacré, tout ce qu'un monstre outrage. Oui, tyran, contre toi tu m'as donné ta rage; J'en ai besoin : frémis... Que j'aurai de plaisir! Je vais dans ton vil sang me baigner à loisir, Et, t'arrachant ce cœur né pour la barbarie, Te rendre tous les coups qu'ordonna ta furie.
ÉROX.
Dans un danger certain c'est trop vous engager. Vous périssez, seigneur; fuyez, pour vous venger. Et que pouvez-vous seul dans ce palais funeste?