SCENE I
HYPERMNESTRE,ÉGINE
HYPERM\ESTRE.
F.h bien! est-il parti? Faut-il que je respire. Chère Égine?
Oui, madame; Érox l'a su coiuluire Hors de ces lieux cruels par des secrets chemins.
HYPEBMNESTRE.
Ah! je redoute encor mon père et ses desseins.
Écine, il crie aux siens d'une voix formidable :
« Je suis trompé, trahi ; qu'on cherche le coupable. •
Il veut son sang ; il court, de cette soif pressé.
D'autant plus furieux qu'il le croyoit versé.
Qu'il voit que dans ces lieux toute recherche est vaine;
Et peut-être déjà quelque troupe inhumaine...
ÉGI.VE.
Bannissez cet effroi , la nuit sert vos souhaits; J'ai su, prompte à servir de si chers intérêts, A déguiser son nom résoudre .son courage, Pour mieux tromper le roi , pour égarer sa rage j
i82 HYPERMNESTRE.
J'ai même à votre époux pris soin de ménager, Hors des murs de la ville et loin de tout dauger, Un refiigi'' assuré que le soldat ignore: Lyncée y préviendra le relour de l'aurore. N'en douiez point, madame, il est en sûreté.
H Y P E R AI N K s T n E.
Ah! tu rends quelque calme à mon creur agile. Je le perds, mais il vit; je sens moins ma misère. On se fait, chère Égine, en un sort si contraire , D'une moindre infortune une ombre de bonheur.
ÉGINE
Je ne crains que pour vous votre père en fureur : Vous pardonnera-t-il cet heureux artifice Qui soustrait sa victime à sa noire injustice, Et, malgré tant de morts, lui rendant ses terreurs, Ravit à ses desseins le fruit de tant d'horreurs? En quels cruels transports va s'exhaler sa rage! Et comment loin de vous détourner cet orage? Quel sera votre asile à cet affreux moment?
HYPERMNESTRE
Je n'ai point cru sauver Lyncée impunément.
J'ai dû tromper mon père. Ah! qu'il me persécute;
Je crains moins son courroux, m'y voyant seule en butte
ÉGlNE.
Qu'entends-je? je frissonne. Il s'avance en ces lieux. ■Fuyez encor sa vue; il entre furieux.