SCÈNE I
DANAUS, IDAS.
DANAUS.
Eh bien ! pour son supplice a-t-on tout préparé?
IDAS.
Le bûcher est déjà par le peuple entouré , Seigueur; Lyncée y monte en ce moment peut-être.
DA.VAUS.
C'est peu de son supplice ; as-tu servi ton maître? Que produira l'oracle, et ces bruits confirmés Que ta voix dans Arj-jos par mon ordre a semés? De quel œil aujourd'hui sur l'odieux Lyncée Les peuples verrout-ils ma vengeance exercée?
Par-tout, seigneur, mon zélé a répandu des bruits Dont vous allez connoitre et recueillir les fruits. On a su que, d'Argos préparant la conquête, Égyptus à ses fils demanda votre tête, Et l'on pense aisément que vos gendres cruels Formoient contre vos jours des complots criminels, Que de ces attentats le chef ou le complice, Lyncée, est en effet trop digne du supplice.
194 HYPERMNESTKE.
D'ailleurs, dit-on, l'oracle etigeoit tant Je morts: Un sang suspect aux rois est versé sans remords ; L'épargner, quand le ciel l'a montré redoiitalile. C'est se rendre à-la-fois malheureux et coupable. Mais qiiel(|iies uns, seigneur, moins superstitieux, Osent plaindre Lyncée, et condamner les dieux.
DAN A us.
Que m'importent, Idas, ces discours téméraires ! Peu les tiendront, il est trop d'esprits nés vulgaires. Que même avec peu d'art on trompe en sûreté. Combien sont absorbés sous leur stupidité, Ou, des vains préjugés esclaves volontaires. Se font de leurs erreurs des vertus nécessaires ! Tout me sert, cher Idas; l'absence d'Égyptus, Des crimes supposé., d'heureux bruits répandus. Ah! quel doux sentiment dans mon cœur se déploie! Lyncée expire, ami, je le sens à ma joie : Je suis vengé; je suis au comble de mes vœux.
IDAS.
A pas précipités on s'avance en ces lieux: Vous êtes délivré d'une race ennemie.