‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 15 sur 207 · HÉCUBK, ANDROMAQUE, CASS ANDRE · texte numérisé non relu

HÉCUBK, ANDROMAQUE, CASS ANDRE

H K c u B E , à Cassandrc.

Ma fille, vous voyez avec quelle noirceur On cache à mes rey;ards le -loit de votre sœur; Nos barbares vaiu(|ueurs s'obstinent à se taire, Et pour moi sa prison est encore un mystère : Mais vous que dès l'enfance instruisit Apollon, Et dont il éclaira l'esprit et la raison, A vos yeux comme aux siens l'avenir se découvre. Vous ôtez au destin le voile qui le couvre; Le sort de Polyxène est visible pour vous, Et cette obscurité n'enveloppe que nous.

CASSAN D RE

Que me demandez-vous? Eli ! plût aux dieux, madame,

Que je pusse calmer le trouble de votre ame!

Il est vrai qu'Apollon m'inspire quelquefois ;

Mais ce n'est qu'à son fjré qu'il anime ma voix.

De son souffle di\in oijjane involontaire,

Il me force à parler, il me force à me taire :

Mais ce funeste don, que me sert-il, hélas!

Pour prévoir l'avenir, on ne le chan{je pa^.

LES TllOYKXNES. 19

Madame, respectons le voile impénétrable Ou'oiiposc à nos regards un destin favorable. Mon, non : ce n'est qu'aux dienv qu'il est doux de prévoir; Leur bonheur ne dépend d'aucun autre pouvoir; Ils ne voient devant eux qu'une immortelle joie, Qu'aucun temps n'affoiblit, que chaque instant déploie. L avenir est pour eux un bien toujours présent; Mais nous, pour qui la vie est un fardeau pesant, Nous mortels, dont le cœur n'est qu'erreur, que foiblesse, i;t qu'un essaim de maux environne sans cesse, Hélas ! que verrions-nous dans le triste avenir, yue de quoi nous confondre, et de quoi nous punir? Laissons à chaque jour les chagrins qu'il amène, Sans vouloir d'un coup d'œil réunir notre peine: L'homme le plus heureux ne le soutiendroit pas. Les dieux, sur nos malheurs semant quelques appas, TVous ont enveloppés d'une heureuse ignorance, Lt pour charmer nos maux nous laissent l'espérance. Suivons aveuglément leurs ordres sur ce point, Sans rapprocher des maux (|ue nous ne sentons point.

A N D liOM A QU C.

Madame, nous voyons un terme à nos alarmes: Thestor peut rendre encor Polyxène à nos larmes; Le zèle qui lembrase, et ses trésors offerts, Peut-être dans nos mains brisent déjà nos fers; Samos peut nous offrir un asile paisible; Aux efforts ennemis toujours inaccessible , Nous pourrions y goûter une profonde paix. Mon fils y trouvera de fidèles sujets : Thestor nous est garant de leur obéissance.

20 LKS TliOYENNES.

Dieux ! avec quel respect et quelle complaisance, Par les plus tendres soins adoucissant vos jours, Vos filles tâcheront d'en proion.trer le cours! Mou fils est pour vos yeux une source de joie^ Vous verrez croître en lui l'espérance de Troie. Nous vous rassemblerons, Troyens iidortuiiés Que le fer du vainqueur n'aura point moissonnés; Notre coeur et nos mains s'ouvrant à vos misères, Nous vous accueillerons moins en sujets qu'en frères; Cet ami généreux, si prévoyant pour nous, Nous comble de bienfaits qui s'étendront sur vous. Mon Hector nous suivra, j'emporterai sa cendre. Mon coeur se nourrira d'un souvenir si tendre. Eh! n'est-ce pas un bien, dans notre adversité. Que de pouvoir au moins pleurer en liberté?

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