LA VEUVE, F ATI ME
FATIM E.
Madame, à quelle loi vous êtes- vous soumise! Je frémis d'y penser!
LA VEDVE.
Reviens de ta surprise.
Tu naquis dans la Perse, et sous un ciel plus doux; Tu conçois peu les mœurs que tu vois parmi nous. Mais, Falime, à son sort Lanassa dut s'attendre : Dans ces tombes de feu d'autres ont su descendre; Je n'en puis être exempte; et ces murs, ces rochers, Sont noircis dès long-temps par les feux des bûchers-.
Votre malheur m'accaliie, et vous semblez tranquille.
LA VEUVE
Mon époux ne \it plus; de la terre il m'exile.
FATl M E.
Les regrets qu'il vous laisse ont-ils pu, dans ce jour, Jusque-là do la vie éteindre en vous l'amour?
Qu'importe à votre époux, à son ombre insensiljîe. De vos ans les plus beaux le sacrifice horrible? Autant que vous l'aimiez s'il vous aimott, hélas! Auroit-il exigé...
LA VEUVE
Tu ne m'entendois pas :
L'honneur est mon tyran , il asservit mon ame; Ou vivre dans la honte, ou mourir dans la flamme, Je n'ai point d'autre choix, c'est la loi qu'on nous fit,
Elle est injuste, affreuse.
LA VEUVE
Elle existe, il suffit.
F ATI ME.
Comment a-t-on souffert cette loi meurtrière? Quelle femme assez foible y céda la première, Et prit, sur le bûcher de son barbare époux. Ce parti de douleur, embrassé jusqu'à vous? L'époux traîne à la mort son épouse fidèle; Mais lui, lorsqu'il survit, s'immole-t-il pour elle? Au-delà du tombean lui garde-t-il sa foi? Quel droit de vivre a-t-il, que d'avoir fait la loi? Sans peine il l'imposa sur un sexe timide, Tandis qu'il s'affranchit de ce joug homicide.
LA VEUVE
Je renonce à la vie, ainsi le veut l'honneur. Hélas! j'ai renoncé dès long-temps au bonheur; Tu vois ma destinée et ma douleur profonde, Lanassa n'a connu que des malheurs au monde. Le veuvage et l'hymen, tout est affreu.x pour moi