‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 175 sur 207 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Du moment qu'aux Fiançais ces murs seront livrés. Mais quel troulile nouveau vous presse et vous domine? Sans doute rentrelion de ce jeune bramine. Qui dans la fleur des ans porte un ccpur si cruel , Jette dans votre esprit ce désespoir mortel.

LA V F. u V E.

■ Ah! tu ne connois pas... Cache bien ce mystère: Eatime, qui l'eut ciu? ce bramine est mon frère. Oui, je l'ai retrouvé dan< ce temple de mort; Il vit pour s'opposer <iu\ rigueurs de mon sort.

F.ATl ME.

Et vous vouiez mourir dans d'horribles souffrances! De vos autres parents les barbares instances L'emportent dans ce cœur tristement affermi! Un frère eu vain vous aime!

LA VEUVE

Hélasj j'aurois gémi De marcher au bûcher conduite par un frère, l'.t je gémi-; de voir qu'il cherche à m'y soustraire : Dénaturé , Fatime , il m'eût percé le cœur; Sensible, il me déchire, il veut mon déshonneur. Telle est ici ma gloire et cruelle et bizarre. Qu'il en est l'ennemi pour n'être point bar])are. K'étoit-ce point assez qu'il me fallût bannir De mon ame attendrie un trop cher souvenir, Sans avoir à combattre encor dans ma misère La voix de la nature et les secours d'un frère?

FATIME

Lh ! pourquoi vous tracer sous de noires couleurs Ce qui peut au contraire abréger vos malheurs?

l'ourquoi désespérer? tout vous presse de vivre,

lya trêve qu'eu ces lieux la conrjuête |)eut suivre,

Uu trère retrouvé; le dirrii-jc ! uu es|)oir

l'Ius cher à votre cœur, et C[u'il peut comevoir.

Eh! qui sait dans le camp s'ils n'ont pas coiinoissancc

De cet Européen dont vous pleurez l'ahscnce?

LA VKUVE.

Je saurois son destin!... dieux! que! espoir m'a lui! Heureuse Lanassa! tu pourrois aujourd'hui...! Mou ame, en ces moments ouverte à l'espérance, Chancelle en son dessein et perd de sa constance. Moi, je m'iinniolerois, quand , pouvant être à moi, Il me conserveroit son amour et sa foi ! Moi , lihre désormais d'un funeste hyménce, Maitrcsse de ma vie et de ma destinée!... Fatime, où m'égaré-je? Ai-je donc oublié...! Quel songe vient m'offrir ton aveugle amitié! A quel espoir trompeur ton zèle me rappelle! Tu veux me consoler? tu m'accables, cruelle ! L'inexorable honneur lient mon cœur engagé; Pour être suspendu, mon sort n'est point changé. Hespecte en ces momenls ma constance, ma gloire, Ma résolution; enfin, laisse-)noi croire. Assure-moi plutôt que ce jeune Fiançais A mon amour, à moi, fut ravi pour jamais; Épargne-moi le trouble où son seul nom me jette Qu'il ignore mon sort, et je meurs satisfaite.

FIN DU SECOND ACTE

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