‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 183 sur 207 · LE GÉNÉRAL FRANÇAIS, LK GRAN& BRAMINE · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL FRANÇAIS, LK GRAN& BRAMINE

LE GÉNÉR&L

Barbare, il est donc vrai, ces mœurs abominables

Que les Européens traitent encor de fables,

Tant ils ont peine à croire à leur lërocité,

C'est toi qui les maintiens par ton autorité!

Des temples protecteurs le-; enceintes tranquilles

Aux malbeureux mortels doivent servir d'asiles;

Les ministres des cieux sont des anges de paix.

Il ne doit de leurs mains sortir que des bienfaits;

C'est par l'heureux emploi de consoler la terre

Qu'ils honorent le temple et leur saint ministère.

Et que le sacerdoce, auguste et respecté.

Sans crime avec le trône entre en rivalité.

Et toi, honte des dieux qu'ici tu représentes,

Ne levant vers le ciel que des mains malfaisantes,

Tu fais des cruautés une loi de l'état,

Kt l'apanage affreux de ton pontificat!

(^est au pied des autels que les bûchers s'allument,

Qu'on livre la victime aux feux qui la consument;

Des prêtres ont ouvert ces horribles tombeaux;

L'encensoir est ici dans la main des bourreaux.

Ainsi donc, d'un œil sec tu verras une femme

S'élancer à ta voix dans des gouffres de flamme!

Ton oreille entendra les cris de sa douleur!

Je ne la coiinois point, je connois son malheur, Je coiuiois la pilié; mon cœur est ué sensible Autant qu'on voit le tien se montrer inflexible: Dans l'excès des tourments elle est prête à périr. Contre vos mœurs et toi je viens la secourir, Déchirer le bande.Tu de cette erreur stupide Qui force en ces climats la femme au suicide, Et faire dire un jour à la postérité : Montalban sur ces bords fonda l'humanité.

LE GRAND BRAMINE

Quelle est donc ton audace?

LE GÉNÉRAL

Apprends à nous connoiire.

LE GRAND BRAMINE

Es-tu vainqueur ici, pour nous parler en maître?

LE GÉNÉRAL

Je parle en homme.

LE GRAND BRAMINE

Et moi comme organe des cieux, Comme un prêtre, un mortel inspiré par ses dieux.

LE GÉNÉRAL

Tes dieux t'exciteroient à tant de barbarie!

LE GRAND BRAMINE

Quel es-tu pour juj^jer des mœurs de ma patrie, Pour vouloir renverser et plonger dans l'oubli Sur d<s siècles sans nombre un usage établi? Crois-tu déraciner de ta main foible et fière Cet antiijue cyprès qui couvre l'Inde entière?

LE GÉNÉRAL

-l'y porterai la hache.

Page 1