ACTE m, SCÈNE V
LE GRAND DR A MI-NE
Et l'effort sera vain.
Le temps autour de l'arbre a mis un triple airain.
LE GÉNÉRAL
l>is autour de ton cœur : plus l'u-iage est antique, Plus il est temi)s qu'il cesse, et plus, cœur fanatique, Tu devrois commencer à sentir les remords Qu'avant toi tes pareils n'ont point eus sur ces bords, r.arbarel de quel nom faut-il que je te nomme? 'loi prêtre 1 toi bramine! et tu n'es pas même homme. La douce humanité, plus instinct que vertu. Ce premier sentiment qui ne s'est jamais tu, Né flans nous, avec nous, et l'ame de notre être, Ce qui fait l'homme enfin , tu peux le méconnnître ! De quel souffle, en naissant, fus-tu donc animé? Quel monstre ou quel rocher dans ses flancs t'a formé? Tu n'as donc, malheureux, jamais versé de larmes, De l'attendrissement jamais senti les charmes? Il m'a fallu venir sur ces bords révoltants l'our l'apprendre qu'il est des cœurs compatissants. Je te rends grâce, 6 ciel ,dont la voiv tutélaire M'appeloit dans ce temple ou plutôt ce repaire. Tijjres, j'arrêterai vos e.vcès inhumains; Vos infâmes bûchers par moi seront éteints.
LE GRAND BRAMINE
Éteindras-tu l'amour? éteindras-tu le zèle, Le courage fondé sur la base immortelle De la religion qui confond dans ces lieux Le respect de rê|ioux et le respect des dieux? Un géuéreu.K amour, conservé mwis les amcs.
De la mort parmi nous tait triompher les femmes;
Si de ce tléfouement leur grand co'ur est jaloux,
Crois-tu que nous soyons plus indulgents pour nous?
Sais-tu pourquoi je suis le premier des bramines?
Je parvins ù ce rang par des chemins d'épines;
J'ai déchiré ce sein de blessures couvert;
Sans courir à la mort, j'ai fait plus, j'ai souffert.
Quant à la loi cruelle où la veuve est soumise ,
Autant que la raison , l'équité l'autorise;
Les femmes autrefois (ne l'as-tu point appris?)
Hâtoieut par le poison la mort de leurs maris.
LE GÉNÉRAL
Non , je ne te crois pas ; ces épouses fatales,
L'enfer ne les vomit qu'à de longs intervalles.
Le crime sur la terre est toujours étranger :
Comme tous les fléauv, il n'est que passager;
C'est le premier bourreau des cœurs dont il s'empare.
La femme est moins cruelle, et toi seul es barbare.
t^coute: vos bîichers, vos spectacles d'horrevti'.
N'ont ([ue trop justement excité ma fureur;
Je marche dans ces lieux sur des monceaux de cendre ,
De 1 indignation je n'ai ])u me défendre;
Mais songe qtie demain ces remparts sous nos coups
Peut-être vont tomber, et la ville être à nous.
Prends un peu de nos mœurs; si tu n'es pas sensible.
Ne sois pas inhumain, l'effort n'est pas pénible;
Trop sûr que tu dois l'être en ces funestes lieux,
Qu'on n'y souffrira plus un usage odieux :
De celles qu'ojjprimmt votre loi meurtrière
Souffre au moins qu*ujourd'hui je sauve la dernière.