ACTE IV, SCÈNE 11. ^b
C'est peu de joindre ici votre image aux statues De celles que l'effroi ni la mort n'ont vaincues; Tandis que votre nom sur la terre vivra, Du pays malabare aux sommets d'Esv.-ara, Dans des astres sereins vous rejoindrez ces veuves Qui de la foi promise ont su donner ces preuves, Et qui pour leurs époux n'ont pas cru dans le ciel Trop payer de leur mort un repos éternel.
LA VEUVE
Sans savoir par quels biens un dieu juste répare
Les horreurs de la mort que la loi me prépare,
Et sans vouloir chercher, par un soin superflu,
Quel sera mon destin dans un monde inconnu,
Je me sacrifierai , puisque enfin tout l'exige,
La loi , l'honneur des miens, mon propre honn eur ; que dis-je !
Le dégoût de la vie est au fond de mon cœur.
Je ne leproche aux dieux que leur trop de rigueur;
Uélas ! en prononçant ma sentence mortelle.
Ils pouvoient m'accorder une fin moins cruelle,
Et, s'ils vouloient ma mort à l'âge où je me voi ,
En charger la nature et non pas votre loi.
J'aurois pu différer d'un an mon sacrifice ;
Mais j'ai craint des soupçons l'ordinaire injustice;
J'ai craint que l'on n'osât, sur ce retardement.
Du refus de mourir m'accuser un moment.
Et puisque dans mon coeur j'étois déterminée
A subir cette mort où je suis condamnée ,
J'ai mieux aimé courir au-devant du trépas
Que de le voir vers moi s'avancer pas à pas.
Je se fais qu'un seul vœu du fond de cet abyme :
C'est d'éfre de l'honneur la deinière victime, Et que rhumanité, dont il blesse les lois. Reprenne en ces climats son empire et ses droits.
LE GRAND BRAMINE
Qu'osez-vous souhaiter? qu'avez-vous dit, madame? Étouffez un tel voeu dans le fond de votre ame. L humanité! Foiblesse, impuissance du bien. Des mortels corrompus chimérique lien.
Ce vœu trop indiscret dont votre ame est séduite De votre sacrifice affoiblit le mérite:
Mais je vous connois mieux; de vous-même jamais V"ous n'auriez pu former ces aveugles souhaits. Ces fiers européens jusqu'en nos esprits même Ont soufflé le poison de leur lâche système; Mars plus ces étrangers, nous infectant d'erreurs, Veulent nous inspirer leur doctrine et leurs mœurs, Plus il faut, par l'éclat des exemples sublimes. Combattre et repousser de funestes maximes : D'une ame haute et ferme au-dessus de sou sort, Telle enfin que la vôtre, on attend cet effort; Songez en ces moments que l'Inde vous contemple, Et de votre courage exige un grand exemple.