‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 192 sur 207 · I. F. JEUNE B R A M I ?< E · texte numérisé non relu

I. F. JEUNE B R A M I ?< E

J'accours vers toi, ma sœur; tu vas changer tle sort. Connois mon espérance, et renonce à la mort. Du chef des assiégeants la généreuse envie Auprès du gouverneur hautement t'a servie : Tu vivras, il l'exige; un dieu consolateur De ce vaillant guerrier fait ton libérateur.

LA VEUVE

Il ue s'informoit point quelle étoit la victime?

LE JEUNE BRAMINE

Non: l'hunianitc seule et Tiuspire et l'anime.

Avec quelle chaleur sa pitié, son courroux,

Son indignation éclatoit devant nous !

Il n'auroit point montré d'ardeur plus véhémente

Pour défendre une sœur, ou sauver une amante.

A de si beaux transports je brûlois d'applaudir; Mais aux yeux du bramine à ce point m'enhardir, C'étoit faire à des cœurs dont le mien se défie Soupçonner l'intérêt que je prends ù ta vie. Qu'il est dur de cacher la pitié dans son sein. Et de dissimuler pour paroître inhumain ! Hélas! l'Européen, ne pouvant me connoître. Me voyoit du même œil qu'il voyoit le grand-prétre Ah! combien j'en souffrois! Il court au gouverneur; A te sauver la vie il a mis son honneur,

Et sans tes surveillants , dans sa fureur extrême.

Il viendroit en ce lieu t'en arracher lui-même.

LA VEUVE

Ah! détourne ses pas; tu connois trop la loi,

Il ne peut en ces lieux paroître devant moi ;

Les yeux d'un étranger souilleroient la victime;

De sa seule présence on me feroit un crime.

Mais peut-être en ce jour, quoiqu'il soit mon soutien,

Ton intérêt pour moi t'exagère le sien :

Il a pris ma défense, il suivoit dans son zèle

Un premier mouvement de pitié naturelle;

Mais cet Européen , envoyé par son roi ,

N'a-t-il pas d'autres soins que de penser à moi?

Peut-il prendre ma cause et ue pas me connoitre?

{à part.) D'ailleurs puis-je accepter? Un seul mortel peut-être...

LE JEUNE BRAMINE

J'ai vu l'instant, te dis-je, où, pour l'humanité. Des lois de l'honneur même il se fût écarté ; Oui , prêt à tout oser, prêt à rompre la trêve , Plutôt que de souffrir que ton bricher s'élève. ! Aux transports vertueux de sa noble fureur, Je prenois l'Inde entière et nos lois en horreur.

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