I, E JEUNE B R A M I \ E
Seigneur, où courez-vous? Je mérite peut-être...
LE GÉNÉKAL.
Que me veux-tu?
LE JEUNE BRAMINE
Qu'au moins vous daigniez me connoitre.
LE GÉN ÉR AL
J'ai vu le chef des tiens, c'est te connoître assez.
LE JEUNE BRAMINE
Ah ! je diffère d'eux plus que vous ne pensez.
LE GÉNÉRAL
Que m'importe?
LE JEUNE BRAMINE
Je plains le destin déplorable De celle qu'en ces lieux notre coutume accable
LE GÉNÉRAL
Au-flevant de mes pas t'auroit-on envoyé? De toi tout m'est suspect, et jusqu'à la pitié; Laisse-moi.
LE JEUNE BRAMINE
Non, seigneur; que mon cœur vous révèle Quel puissant intérêt m'est inspiré par elle. A la mort qui l'attend vous voulez la ravir; Je le veux plus que vous, et puis vous y servir. Connoissez en un mot toute ma destinée: J'ai retrouvé ma sœur dans cette infortunée.
LE GÊNÉ K AL
Ta sœur! elle?
LE JEUNE BRAMINE
Elle-même.
LE GÉNÉRAL
Ah Dieu! s'il est ainsi, Barbare, ses dangers en sont plus grands ici.
LE JEUNE BRAMINE
Ils le sont moins, seigneur.
LE GÉNÉRAL
Je sais trop votre rage, A quelle cruauté le nom de frère engage.
LE JEUNE BRAMINE
Ne me confondez point, par grâce, avec les miens;
Non, je sais mieux du sang respecter les liens:
Ma sœur prête à périr par des lois inhumaines,
Sur un bûcher ! ah dieux ! son sang crie en mes veines.
Pour un objet si cher je pourrai tout braver;
Je suis Européen dès qu'il faut la sauver;