SCÈNE I
LE JEUNE BRAMISE, FATl.ME.
OÙ portez-vous vos pas, et quel soin vous anime?
LE JEUNE B It A M I N E.
Ma sœur u'a plus d'appui, tout est pertlu, Fatime.
Vous avez cette nuit entendu vers le fort
Quels éclats ont soudain retenti sur le port:
Des traîtres, corrompus par les dons. du bramine,
Sur la flotte ont porté la flamme et la ruine,
Et du camp aux vaisseaux, volant à leur secour>,
Leur chef dans ce désastre a terminé ses jours;
L'escadre européenne, à demi consumée,
De ses tristes débris laisse la mer semée,
Et sur quelques vaisseaux tout le camp remonté,
D'une fuite rapide , au loin s'est écarté.
FATIME
Ainii toute espérance est pour jamais détruite !
LE JEUNE BRAMINE
De cet événement voyez déjà la suite; Le bûcher est dressé.
FATIME
Quel spectacle d'horreur !
LE JEUNE BRAMINE
Ou va me commander d'y conduire ma sœur;
Mais avant d'obéir, de me séparer d'elle,
Dût fondre sur ma tète une foule cruelle,
Loin d'être de sa mort le ministre odieux,
Il faudra que moi-même on m'immole en ces lieux.
FATIME
Et loin d'elle au moment...
LE JEUNE BRAMINE
Sa prudence inquiète M'interdit avec soin l'accès de sa retraite. Tant elle a craint mon zèle, et sur-tout les secours De cet Européen qui protégeoit ses jours! Courez vers elle encor, portez-lui la prière, La résolution, le désespoir d'un frère.
Fatime, assurez-la que de tout mon effort, Aux yeux du peuple entier, j'empêcherai sa mort.