PEUPLE INDIEN
LE GRAND BRAMINE
Peuples, soyez en paix; c'est moi qui vous délivre
De ces Européens ardents à vous poursuivre.
Une fois dans la ville entrés victorieux.
Ils y changeoient nos mœurs , ils en chassoient nos dieux.
Pour mieux exécuter le dessein que j'achève,
J'ai devancé l'instant qui terminoit la trêve;
Mais si j'étois réduit à cette extrémité ,
J'accordois la justice et la nécessité.
Voyez nos citoyens immolés sur ces rives:
C'est du pied de ces murs que tant d'ombres plaintives
Semblent en se levant m'avouer de concert
Du coup inattendu qui les venge et vous sert.
J'ai vu de vos esprits la révolle soudaine,
Au premier bruit semé que d'une main hautaine
Le chef des assiégeants prétendoit arracher
Une fidèle veuve aux houneurs du bûcher;
Brama, qui la |)rotége, et dont l'Inde est chérie,
Raffermit la coutume en sauvant la patrie;
Il repousse par moi d'audacieux mortels,
11 conserve vos murs, et venge vos autels.
{au jeune bramine.) C'est vous que j'ai chargé d'amener la victime; Allez, ne tardez pas.
LE JEUNE BRAMINE
Qui? moi! qu'après ton crime, Soumis à tes fureurs, je coure la chercher! Que je traîne une femme à ce fatal bûcher! Tu violes la trêve et ces lois mutuelles, Ce droit des nations au fort de leurs querelles; Et, lâche incendiaire, odieux destructeur. Tu voudrois me paroître un dieu libérateur! Ah! lorsque ta fureur et ta haine couverte Du chef de ces Français précipite la perte, Conno'is-moi tout entier, et sache qu'aujourd'hui, Pour sauver Lanassa, je me joignois à lui.
LE GRAND BRAMÏNE.
Qu'entends-je? tu formois une trame si noire, Et m'oses insulter, toi, traître?
LE JEUNE BRA.MINE
Et j'en fais gloire.
Je l'étols envers toi, non comme toi, cruel, Pour commettre le crime à l'ombre de l'autel ; Je l'étois pour sauver d'une mort effroyable « Un sexe infortuné que ta coutume accable.
LE GRAND BRAMINE
Vois donc où t'a conduit une folle pitié : Tu livrois ton pays!
LE JEUNE BRAMINE
J'en sauvois la moitié, La moitié la plus foible et la plus malheureuse;