I N DI EN
LA V E D V E , égarée.
Où suis-je? où vais-jc? Dieux ! autour de moi tout change. Qui m'a pu transporter sur les rives du Gange? Quel fantôme voilé, ciel! je vois s'approcher?... Fuyons! Il me saisit! il m'entraîne au bûcher! Il se découvre! Arrête, époux impitoyable.
LE JEUNE BRAMINE
Ne meurs plus pour sauver un guerrier secourable, Ton appui, ce héros...
LE GRAND BRAMINE
Est tombé sous mes coups.
LE JEUNE BRAMINE
Il venoit t'arracher...
LA VEUVE
De qui me parlez-vous?
LE GRAND BRAMINE
D'un chef audacieux, aujourd'hui ma victime.
LE JEUNE BRAMIN'E
De ton fier défenseur, d'un guerrier magnanime.
LA VEUVE
D'un guerrier! Eh! pourquoi m'offroit-il son secours? Pour qui s'empres5oit-ii de conserver mes jours? Quel est-il ce héros si généreux , si tendre. Qui ne me conuoit pas, et qui m'ose défendre,
Que mes malheurs ici louchent si puissamment' Les Français ont-ils tous le cœur de mon amant?
LE GRAND BRAMINE
Quel mot prononcez-vous? qu'avez- vous osé dire? Ne sortirez-vous point de ce honteux délire? D'un indigne secours j'ai su vous délivrer, Oubliez un profane.
LE JEUNE BRAMINE
Ah ! tu dois le pleurer.
LA VEUVE
Le pleurer ! eh, qui donc? O douleur qui me tue !
LE JEUNE BRAMINE
Il est mort pour toi seule et presque sous ta vue.
LA VEUVE, allant vers le bûcher.
Qu'on allume les feu.x, je ne sens plus d'effroi; Le trépas maintenant est un bonheur pour moi. A l'aspect du bûcher dont je serai la proie, Le désespoir me donne une sorte de joie. Mourons.
LE JEUNE BRAMINE
Peux-tu, cruelle...? Ah! quel horrible instant! Ton frère est à tes pieds.
LE GRA N D BRAMINE
Votre époux vous attend.
LE JEUNE BRAMINE
Ma sœur !
LA VEUVE
Laisse-moi, dis-je.
LE GRAND BRA.MINE
Arrêtez cet impie.