‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 203 sur 207 · ACTE V, SCÈNE III. j^S · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III. j^S

Celle que poursuivoit une loi monstrueuse; Celle qu'en tous les temps, d'un si cruel accord, Notre sexe opprima par le droit du plus fort; Celle pourtant qu'on voit, à nos destins unie, Nous aider à poiter les peines de la vie. Et dont le charme inné, toujours victorieux. Par-tout adoucit l'homme, excepté dans ces lieux.

LE GRAND BRAMINE

Effroyable blasphème, outrage inconcevable! Brama ne tonne point sur ta tète coupable !

LE JEUNE BRAMINE

Tu ne sais pas encor ce que j'osois ici , De quel crime à tes yeux je suis encor noirci; En sauvant Lanassa, je servois la nature; La victime est ma sœur.

LE GRAND BRAMINE

O comble de l'injure!

LE JEUNE BRAMINE

Sur la férocité d'un usage odieux.

Sur d'affreux préjugés que n'ai-je ouvert ses yeux?

LE GRAND BRAMINE

De nos lois, de nos mœurs, tu te faisois le juge; Tu veux sa honte ! un frère !

LE JEUNE BRAMINE

Un vertueux transfuge , Qui brîile de sortir et pour jamais d'un lieu Où d'une loi de sang il fait le désaveu. Oui, barbare, à la mort j'ai voulu la soustraire: Pour la sacrifier je ne suis point son frère; Je le suis pour l'aimer, pour être son soutien ;

Le ciel me fit un cœur bien différent du tien. Périsse sur ces bords ta coutume cruelle ! Je connois la nature, et je ne connois qu'elle.

LE GRAIND BRAMINE.

(rt un antre bramine.) (au jeune bramine. ) Amenez la victime. Un autre plus soumis Va remplir cet emploi que je t'avois commis.

LE JEUNE BRAMINE

Va, si j'ai dans ce jour un reproche à me faire,

C'est d'avoir accepté ce fatal ministère,

De t'avoir obéi , de t'avoir écouté ;

Je rougis du respect que je t'avois porté.

De mon humble réserve, et des doutes timides

Dont j'avois combattu tes leçons homicides.

Peuples, c'est devant vous que j'abjure à jamais

Vos coutumes, vos lois, vos solennels forfaits:

Ma raison par vos mœurs ne peut être obscurcie,

Ni mon instinct changé, ni mon ame endurcie;

Malgré l'opinion, malgré sa cruauté.

Le sentiment l'emporte , et mon cœur m'est resté.

LE GRAND BRAMINE

Impie! Ah! Lanassa, condamnant ton audace, A la mort d'elle-même avance dans la place.

LE JEUNE BRAMINE

Oui, par les droits du sang, méconnus sur ce bord. J'empêcherai ma sœur de courir à la mort. Arrêtez, inhumains qui formez son cortège. Et, par ma foible voix quand le ciel la protège. Aux horreurs de son sort ne l'abandonnez pas: Devez-vous plus qu'un frère exiger son trépas?

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