ACTE IV, SCENE VI
Il respire! Ah, jjranJs dieux! je doute si je veille.
THESTOR.
Ce n'est qu'à mon retour que les Grecs m'ont surpris.
Et déjà vers Samos on guidoit votre fils;
J'avois déjà couru sur les bords du Scamandre,
Jusqu'au sombre vallon où la mer vient se rendre :
Dans cet affreux désert, combieji de nos amis.
Fugitifs comme nous, je trouve réunis!
Énée étoil chargé de ses dieux , de son père.
Plus léger sous le poids d'une charge si chère;
Ascagne le suivoit, que guidoit Anténor.
A peine à leurs regards j'offre le fils d'Hector,
Quels transports! quel amour! Dans l'excès de leur joie,
lis pensent voir Hector que le ciel leur renvoie.
On se hâte, et bientôt on arrive aux vaisseaux
Qu'aux besoins d'ilion avoit fournis Samos.
LU lamentable cri s'est fait alors entendre;
Quels soupirs, quels sanglots, en fuyant Troie en cendre!
L'aspect d'Astyanax soulageoit leurs douleurs.
Je le livre à leurs soins, arrosé de mes pleurs.
.Sûr de son sort, tremblant pour vous et pour la reine.
Je rentre dans le bois qui borde cette plaine.
Les Grecs y poursuivoient des enfants, des vieillards.
Que des feux dévorants pressoient de toutes parts.
Sur la foi des regrets qui partoient de mon ame,
On a cru votre fils consumé par la flamme.
Les cruels m'eutrainoicnt.
ANDROMAQUE
Ah ! que j'ai craint pour vous De leurs rois inhumains l'implacable courroux!
THESTOR.
Hclas! et que ne peut le zélé qui m'anime Détourner tous les traits du sort qui vous opprime! Que ne puis-je bientôt vous rendre au fils d'Hector!
ANDROMAQUE
Je ne le verrai plus, n'importe, il viç encor.
De mon unique bien digne tiépositaire,
Ne l'abandonnez pas, tenez-lui lieu de père.
Eh! qui peut mieux que vous l'élever en héros?
Si je pouvois un jour le revoir à Samos !
Si je pouvois franchir la mer qui nous sépare!
Mais non , je vais gémir dans un exil barbare;
Et ce fils fugitif, si cher à mon amour.
Pour mes yeux désolés est perdu sans retour.
THESTOR.
c'est pour le conserver que je consens à vivre. Mais on vient.
ANDROMAQUE
Que veut-on?