‹ Chefs-d'œuvre dramatiques de Chateaubrun, Giumond de la Touche, LemierreChapitre 45 sur 207 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

Ma vue à chaque instant semble aiffrir votre peine; Hélas! vous n'aimez plus la triste Polyxène.

HÉCUBE

Moi. je ne t'aime plus!

POLYXÈNE

Vous frémissez!

HÉCUBE

Ah! vien, 3ette-toi dans mes bras, ô mon unique bien. D'une injuste froideur n'accuse point ta mère,

0 ma fille, jamais tu ne me fus si chère; Trop digne de ces pleurs que tu me fais verser. Ton sort... Mais est-ce moi qui dois te l'annoncer?

POLYXÈNE

C'est moi que vous pleure/! .Ah! parlez sans contrainte. Est-ce au sang dont je sors à connoître la crainte? Croyez-vous qu'à la peur mon cœur puisse s'ouvrir, Et (|ue la sœur d'Hector ne sache pas mourir? Daignez vous expliquer, la feinte est inutile.

HÉCUBE

Les Grecs vengent sur toi l'assassinat d'Achille. Sous le couteau sacré tout ton sang va couler, Et c'est sur son tombeau que l'on doit t'immoler.

POLYXÈNE

Moi! m'immoler! Hélas! et quel est donc mon crime? Je vis avec douleur frapper celte victime; Non , je ne trempai point dans son funeste sort : .Sa vie eût sauvé Troie, et je pleurai sa mort.

HÉCUBE

1 os cruels, jiour combler l'horreur du sacrifice.

(3o LKS TROYENNES.

Me condamnent ù voir ton injuste supplice : Leurs rois, en me rendant le témoin de ton sort, Ont cru me punir mieux qu'en me donnant la mort. Us ne se trompent point dans leur projet barbare; Je meurs à chaque instant du coup qu'on te prépare.

POLYXÈNE

Peut-on pousser plus loin la haine elle courroux? Ah ! je sens maintenant tout le poids de leurs coups. Ils veulent m'égorger. Je mourrois sans murmure : Mais de braver en vous les cris de la nature, Mais de me faire voir vos larmes, vos terreurs, Et de fixer vos yeux sur la coup dont je meurs, O fille infortunée ! ô mère malheureuse! Hélas! que cette mort va me paroître affreuse !

HÉC U BE.

Non , tu ne me verras ni pleurer ni souffrir. Hilus vient nous chercher, ma fille, allons mourir

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